
À propos des délires complotistes :
Depuis février 2022, la Russie a fait convoqué plus de 70 fois le conseil de sécurité de l’ONU dans le cadre du bureau de lutte contre le terrorisme, établi en 2017.
À chaque fois, la Russie ne voulait parler que d’une chose : de l’Ukraine. L’obsession russe, c’est, depuis le 25 février 2022, de faire reconnaître à posteriori l’état ukrainien dans son ensemble comme un état terroriste justifiant a posteriori l’agression du 25 février.
Dans une des trop nombreuses réunions en juillet 2023, même les pays plutôt neutres ou bienveillants à la Russie dans le cadre de leur propres alliances face aux États Unis ont laissé percer leur exaspération sur cette diversion à la fois du conseil de sécurité et du bureau antiterroriste, empêchant de traiter les vraies questions de terrorisme international tel que la recrudescence des groupes armés non etatiques, au Soudan, en Afghanistan, au Yémen, en Palestine etc…
Le délégué du Mozambique, qu’on ne peut soupçonner de sentiment anti russe, s’en était plaint, évoquant la possibilité que ces diversions favoriseraient la manipulation du conflit par des groupes terroristes islamistes.
À noter que ce que la Russie voulait obtenir, c’était la condamnation de l’état et du peuple ukrainien comme « terroriste jusqu’au suicide » pour pouvoir traiter les 40 millions d’ukrainiens comme des terroristes. C’est à dire, la Russie voulait imiter les plus extrémistes des ministres de Netanyahou parlant des gazaouis.
D’ailleurs, au vue des images des tortures des 4 terroristes de Daesh ayant commis le carnage du théâtre Crocus, des extrémistes israéliens s’étonnaient qu’on leur reproche de vouloir faire la même chose, de faire la même chose, en prétendant ne pas entendre la condamnation de la Russie pour ces tortures.
Il n’y a pas de Sud global.
Il n’y a pas de conspiration mondiale contre la Russie spécifiquement.
De même qu’il n’y a pas de bloc civilisationnel en guerre contre le reste du monde.
Il n’y a pas d’internationale islamiste – les israéliens les plus extrémistes assimilant Hamas et Daesh. Les deux groupes se détestent et s’entretuent à l’occasion. Le plus meurtrier attentat de la branche K de Daesh avant Moscou, c’était, en janvier 2024, l’attentat à la bombe tuant plus de 100 Iraniens sur la tombe d’un des généraux piliers de lislamisme chiite, lui-même tué par un drone américain il y a trois ans. Daesh tue de tout : des musulmans considérés apostats, des non musulmans de toute ethnie, des russes, des ukrainiens, des américains, des juifs. Leur projet théologique est d’établir un califat mondial pour accélérer le retour de dieu sur terre et le jour des justes – l’apocalypse.
Il en est de même d’ailleurs des plus extrémistes des juifs messianiques : leur but est d’accomplir le grand Israël pour permettre le retour du messie, annonciateur du règne de Dieu sur terre, et du jour des justes, c’est à dire l’apocalypse.
C’est aussi l’un des moteurs des plus fervents intégristes évangéliques américains et européens : il faut établir le plus vite possible un royaume des justes, quitte à genocide pas mal de monde, pour permettre le jour du sauveur et du jugement dernier, c’est à dire l’apocalypse.
Mais chacun de ces trois groupements sont tellement tarés qu’ils veulent chacun leur propre apocalypse et ne veulent pas la partager avec les deux autres.
Les intégristes frères musulmans ou islamistes shiites sont presque plus modérés : eux ne veulent que l’imposition d’un état islamique, sunnite ou shiite, en pensant que l’homme est bien présomptueux de vouloir accélérer l’action de dieu, qui est, c’est bien connu, impénétrable (c’est à dire injuste, imprévisible et invisible, c’est à dire, tout à fait conforme à la définition du hasard).
Il y a bien des groupes qui veulent seulement dominer le monde pour en jouir, mais ils sont prêts à menacer l’apocalypse si on leur empêche. Poutine est de ceux là.
Dans son obsession face à une résistance inattendue – je crois qu’il n’a toujours pas compris pourquoi l’opération spéciale est partie en sucette dès l’échec de la prise de l’aéroport de Kiev – il ne peut que voir des complots de puissances quasi magiques et surhumaines, car il faut bien un ennemi au dimension de Thanos pour prendre ainsi le pantalon sur les chevilles et le cul à l’air les services de sécurité russes.
Au delà du tragique d’un carnage rappelant trop identiquement le Bataclan, les réactions des autorités russes et de leurs propagandistes sont grotesques. Mais ce grotesque est morbide : c’est celui des tableaux de l’enfer de Jérome Bosch.


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