Le président français Emmanuel Macron est sans aucun doute le plus antiparlementaire des chefs d’état français depuis Louis Napoléon.
Justement, Louis Napoléon, surnommé Naboleon par Victor Hugo, fut le premier président de la République élu au suffrage universel (masculin). Confronté à un parlement d’une autre couleur politique, il procéda au pire 49.3 qui existe : comme Trump, un coup d’état, sauf que celui de Louis Napoléon réussit.
La constitution du second empire réduit le parlement à une chambre d’enregistrement, avec un agenda entièrement fixé par l’exécutif, et des amendements à valeur consultative au mieux.
C’est ce modèle là que d’ailleurs Macron proposait dans son projet de réformes constitutionnelles de 2017, dissimulé derrière des innovations institutionnelles gadgets.
Sa pratique des institutions et du pouvoir personnel est profondément bonapartiste, utilisant le suffrage universel comme sanction plébiscitaire, et non comme outil de formation de l’opinion et de construction de nouvelles majorités sociologiques au sein de la Nation.

Naboleon, comme son oncle, perdit tout, et même plus encore.

Après l’échec, lamentable, de la colonisation du Mexique, après avoir trahi ses propres engagements vis à vis de l‘Algerie et de Abd El Kadr, continuant la colonisation engagée par le très catholique et réactionnaire Charles X, après avoir échoué à limiter la montée de la Prusse, auteur d’une diplomatie erratique – une fois faisant la guerre à la Russie en alliance avec les britanniques et les ottomans en Crimée (Ukraine), puis la guerre avec les italiens contre les autrichiens, puis cherchant l’alliance autrichienne et russe pour border Bismarck – il perds la souveraineté française, le pouvoir, l’Alsace Lorraine.
Et certains larmoient sur le bon bilan de cet empereur „libéral“ sur la fin.
Mais les bilans ne se tirent pas à la mi-temps d’un match, mais à la fin.
Et ce bilan, que l’on doit tirer après la guerre avec l’Allemagne puis la guerre civile qui découle de la défaite, est catastrophique.

La troisième république fut un bien meilleur régime que la légende noire des gaullistes et des libéraux technocratiques dessinent.
Justement, pour sortir de la crise, retrouver une souveraineté, le peuple français a dit : nous voulons le parlementarisme, nous ne voulons ni de la monarchie, ni de l’empire, ni des césarismes boulangistes.
Macron gouverne contre notre histoire, l’instinct de notre Nation, et les intérêts des classes nombreuses. Ayant concentré l’essentiel de son effort politique à détruire toute alternative sociale et progressiste à sa gauche – dès sa participation comme conseiller de Hollande à ce funeste quinquennat qui a décrédibilisé le Parti socialiste pour 30 ans – il ne laisse aux classes nombreuses qu’une seule alternative : l’extrême droite.
Mais sa gouvernance, sa psyché, n’ont rien de démocratique. Il ne connaît ni contradiction, ni doute, ni interrogation, ni compromis, ni concession. Son „grand dialogue“ est généralement un grand monologue d’inspiration castriste suivi de l’humiliation publique des rares contradicteurs, et dont le principal mérite à ses yeux est d’ignorer le parlement.
Haineux des compétences, il a détruit les corps spécialisés de la fonction publique. Il y a ainsi une idée très stupide au sein du management français – de grands groupes du CAC40 l’ont adopté comme principe de gestion de carrière – selon laquelle tout le monde est interchangeable, la compétence dans le poste surévaluée. Macron l’a importé dans le fonctionnement de l‘Etat, singeant Total Énergie et sa „mobilité“.
Il n’a dès lors plus aucun contre pouvoir fondé sur la compétence, et peut traiter les contradictions et les objections de sa manière préférée : l’humiliation publique.
Furieux de voir la Nation plus complexe qu’une masse obéissante à ses pieds, il a décidé de détruire les corps intermédiaires et affaiblir le secteur associatif.

En France, ces aventuriers antiparlementaires ont toujours échoués, mais avec eux, c’est toute la France qui est emmenée au fond des rivières.
À force de mépriser l’énergie phénoménale que la démocratie, avec ses nécessaires discussions interminables et ses compromis majoritaires, peut délivrer, Macron a réussi aussi à en dégoûter un tiers des français, qui ne votent plus que pour emmerder – il n’y a pas d’autres mots alors que le président lui-même réduit le vocabulaire politique – les macronistes, les bourgeois, les citadins. Quitte à voter contre leurs propres intérêts immédiats.
Il y a une alliance de créateurs d’opinion dans l’affaire : les milliardaires ultra catholiques conservateurs ont acheté tant de médias, tant de maisons d’édition, qu’ils peuvent aussi participer à cette mise en scène du bonapartisme contre la droite catholique légitimiste – la famille Le Pen remplaçant la famille Capet. La bourgeoisie libérale n’a aucun intérêt à voir émerger un pôle républicain social, et préférera les caricatures électoralistes et les outrances auto-disqualifiantes d’une opposition de gauche elle même refusant la démocratie dans son organisation interne, imbibée de culture sectaire trotskiste.
Que le débat soit ainsi réduit à un triangle entre néo-trotskistes, néo-bonapartistes et neo-franquistes est le piège dramatique où Macron plonge notre pays.
Je ne m’y résoudrais jamais.




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