Destruction ou coopération?

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« La dette, c’est le mal » et « l’investissement, c’est désirable ».

Ces deux phrases sont contradictoires.

Par définition, tout investissement a comme contrepartie une dette.

Sans dette, pas d’investissement.

Le problème contemporain, c’est que les économies de marché à encadrement social, créées dans la fin des années 1940 pour empêcher le retour du fascisme et combattre le communisme, ont commencé dès le milieu des années 70 et surtout depuis les années 90 – après l’effondrement du communisme – à remplacer le financement des États, abandonnant la fiscalité partagée pour le financement par la dette.

C’est ce qu’on désigne comme la « financiarisation » de l’économie.

Or, la fiscalité, confiscatoire encore dans les années 50 avec des taux de 90% d’imposition pour les très hauts revenus, est un outil collectif de définition des priorités des sociétés humaines.
Collectif, car en démocratie, c’est le rôle des parlements élus de décider des recettes, des dépenses, de comment les impôts structurent les activités en les incitant ou en les punissant.
Le débat est public, transparent. Il y a des votes sur des propositions alternatives.

La financiarisation déplace la question des structures de financement et de rémunération des activités humaines hors des parlements.
Ce sont des comités d’experts, les banques centrales, les marchés qui déterminent le coût de l’emprunt, l’opportunité de celui-ci, quels états peuvent emprunter, sur quels états les marchés financiers déclenchent des raids rémunérateurs et destructeurs des sociétés.

S’est ajoutés une théorie des comportements humains – visant à éradiquer la critique humaniste de la société, mais aussi à écraser la critique marxienne du capitalisme – et une pratique de détermination des biens communs par un mécanisme unique, celui des prix sur le marché de l’offre et de la demande.

Cette illusion d’équilibre naturel – la nature est d’abord un déséquilibre permanent entre un espace inerte et un développement biologique, entre l’individu porteur de la mort, du retour à l’inerte, et le collectif qui dépasse la mort et reste vivant au delà du destin individuel – a favorisé des minorités de plus en plus individualistes.
Celles-ci d’ailleurs veulent dépasser leur condition vivante en « cherchant l’immortalité » pour elles-mêmes en niant la possibilité de leur destin inéluctable, le retour individuel à l’inerte.

Mais, au-delà des conséquences morales et métaphysiques, cette fascination pour les lois du marché ont abouti également à une méfiance à l’égard des alternances démocratiques, une négation des sociétés humaines comme collectifs où la coopération prime sur l’intérêt individuel, et la célébration de la concurrence, de la compétitivité, de l’affrontement économique permanent.

« Cela baissera les prix ».

Depuis les révoltes du moyen âge on sait pourtant que baisser les prix baisse les salaires et conduit forcément à l’esclavage de la majorité.

La conséquence cependant c’est que les coûts collectifs sont financés par la dette publique, et que les gains d’une minorité ont besoin des dettes publiques pour rémunérer la rente.

Les pays où cela fonctionne très bien sont donc des pays où croissance économique et croissance de la dette publique vont de pair.

Mais la croissance économique n’étant plus arbitrée par un débat transparent et démocratique ne sert qu’une minorité individualiste prête à sacrifier les existences des sociétés humaines à sa jouissance égoïste.

Les inégalités augmentent et retrouvent aux Etats Unis le niveau des années 1920


l’Allemagne est dans ce contexte non pas vertueuse, elle est le prêteur de dernier ressort à qui on confie les valeurs pourries.
Mais l’absence de croissance de ce pays est la conséquence de son absence d’investissement, c’est-à-dire son absence de dettes.

Comme sa démographie l’entraîne fatalement à disparaître, c’est aussi l’illustration de la destruction d’une société humaine pour le profit d’une minorité.

Japon et Italie ont des démographies aussi déprimées.
Les trois pays emblématiques de l’axe fasciste suprémaciste des années 30 et du début des années 40 ont de fait des évolutions comparables.
Notons que la Chine est au niveau démographique des trois pays de l’axe, et au niveau d’endettement public du Canada.

La France aurait une carte à jouer. Elle était forte démographiquement encore en 20@7. Le macronisme nous aura fait perdre dix ans. Mais les classes nées entre 2008 et 2018 nous garantissent encore une forte croissance organique, biologique.
C’est à notre pays de lancer la balance du monde dans l’autre direction, vers la coopération, l’humanisme, et la conscience collective, existentielle, de notre responsabilité.
Ce serait notre gloire.

Ou bien nous choisissons d’être les médiocres suiveurs des milliardaires américains, et leurs soi-disant « partis nationaux ».

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Entrepreneur du numérique depuis 25 ans en Allemagne, je mène de front activités économiques et engagement politique. J’ai eu la chance de mener des organisations de 50 à 200 salariés avec des clients allant des PME-ETI aux grandes entreprises. Avec une formation d’historien, ex conseiller du commerce extérieur de la France (CCEF) je suis membre de l’Institut français des administrateurs (IFA).  Gascon, mes racines sont les mariniers de la Garonne et les Calvinistes néracais, mon nom de plume Weindenberg est la traduction de Pouydesseau.
linkedin: https://www.linkedin.com/in/mpouydesseau/


Mathieu Pouydesseau

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