Aujourd’hui, ce fut dur sur le vélo.
Le combat intérieur et la domination des souffrances physiques n’allaient pas de soi.
Et je ne peux que m’en prendre à moi même.
J’ai démarré ce raid douze kilos au-dessus du poids de forme que je me suis donné à 45 ans, c’est-à-dire assez éloigné du poids de forme de 35 ans, lui-même réévalué à la hausse après avoir arrêté de fumer par rapport à 25 ans.
Aujourd’hui il faisait 30 degrés.
Mais je n’avais pas préparé de pauses ravitaillement dans des communes où j’avais vérifié à l’avance l’existence d’au moins un commerce ouvert.
J’ai été rapidement sans eau dans un désert commercial.
Poussé par la fatigue, j’ai décidé pour les 30 derniers kilomètres de quitter les itinéraires conseillés (ne le dites pas à ma mère !) et de tirer les longs bouts droits sur une départementale à statut de nationale, malgré les poids lourds et les bolides à 120 klmh (ou plus?)
Mais les français m’ont sauvé.
La gentillesse et le sens de l’hospitalité, l’envie d’aider, la compassion et la bonté sont spontanément au rendez-vous.
Déjà, lundi, un artisan, ayant compris mon itinéraire, me fait la surprise d’avoir réparé mon vélo dès 15:30, lorsque je planifiais déjà un jour de moins au périple.
L’arrivée à Langon fut tardive, à 21:00, et promis, Jerome Guillem , la prochaine fois je me signalerais à l’avance.
Pourquoi pas pour une conférence ?
Le mardi, l’histoire de mon sauvetage en galère échoué rue des bateliers a déjà été conté.
Mais je dois vous avouer avoir rencontré l’un des ateliers les plus cools de la terre chez Xavier, au Passage, en face de la passerelle.

Grâce à lui j’étais à l’heure pour rencontrer Monsieur le Maire Francis Garcia et son adjoint Jean-Jacques Mirande.
Nous avions plusieurs sujets, entre l’histoire des mariniers et bateliers du Passage, et l’entretien d’un des patrimoines les plus marquants de la commune … La tombe de mes ancêtres.
J’ai été saisi d’une émotion : la tombe est présentée à tous les nouveaux venus, les personnes un peu connues.
Et là, ils voyaient non un Pouydesseau gravé sur pierre, mais un vivant.
Leur enthousiasme donne envie de faire quelque chose au Passage !
Je réfléchis comment m’engager pour faire connaître ce patrimoine du port oublié, cette mémoire populaire effacée.

Je repensais le soir même à toutes les rencontres faites à Saint Etienne.
Notamment une conversation avec une pasteur originaire d’Allemagne, et son mari, pasteur également, français, où nous nous retrouvions sur Jacques Ellul, mais en venant de deux aspects différents de sa pensée !
Je repensais, alors que nous faisions des courses dans un petit supermarché asiatique – les enfants voulaient faire elles-mêmes des maki – à cette cliente, d’origine coréenne, qui spontanément nous aida à choisir le riz, puis nous donna ses idées de recettes à base de Kimchi, avec une exaltation contagieuse.
Ou encore cette traductrice, poète et philosophe, hongroise de Roumanie et amoureuse de notre langue, que j’ai par contre assommé, sans pitié, avec la saga des bateliers de la Garonne, qu’elle m’en excuse!
Ou bien ce responsable d’amicale laïque, me racontant les transformations sociologiques de Saint Etienne.
Et cette japonaise amoureuse des beaux arts et du Louvre, avec son mari français, et sa petite fille, nous expliquant sa relation esthétique au mont Fuji.
Les stéphanois ne méritent pas un maire aussi indigne, aussi honteux.
Et les français ne méritent pas d’être punis par la médiocrité abyssale de la classe politique et la consanguinité maffieuse de sa classe de journalistes, à la complaisance achetée par un quarteron de milliardaires.
Aujourd’hui me l’a confirmé.
Aujourd’hui était sous le signe de la bonté.
La « bienveillance » était l’une des valeurs que le macronisme prétendait incarner.
On a vu, avec l’intervention des salariés du président usurpant la qualité de policiers dès le premier 1er mai du président, puis avec les Gilets Jaunes, que la bienveillance était celle des gens supérieurs attendant l’obéissance des français pour les récompenser, ou les punir.
La bonté ne se mets ni en haut ni en bas, n’attends rien d’autre en retour que le réchauffement du coeur à l’intérieur de soi.
J’ai reçu aujourd’hui des témoignages de bonté innocente, me submergeant de gratitude et de bonheur.
Tout commence en haut de la montée de Xaintrailles.

Le château est merveilleux, la vue – on distingue les sommets des Pyrénées – également.


Mais je tire la langue.
Parti avec 1,5 litres d’eau, ils ont été bu. Mon espoir, c’est qu’une échoppe existe ci-haut.
J’aperçois d’ailleurs une porte pleine d’autocollants avec un monsieur, que je suppose client, en sortir.
« Excusez moi, c’est l’épicerie ?
– comment ?
– c’est une boutique ?
– Non c’est chez moi!
– Oh pardon désolé de vous déranger »
Il me toise, moi la sueur dégoulinante, le casque spongieux, les jambes couvertes de graisse de chaîne.
« Vous voulez de l’eau ? Donnez moi la gourde, je vous la remplis!
– Je suis confus, ça va aller, je vais trouver plus loin.
– si vous redescendez un peu, il y a une fontaine! Allez-y, l’eau est bonne, hein! »
Je vois la pente, et mes jambes, deja fatiguées de la montee, votent contre la remontée.
Mais je suis si plein de gratitude pour ce monsieur que je me retrouve bien con d’avoir refusé son aide.
En plus, j’allais regretter ne pas avoir saisi l’occasion…
Douze kilomètres plus tard, je souffre. Une pause à manger quatre tomates n’a pas suffi à étancher la soif.
Le projet arriver dans les Landes paraît inatteignable.
Je fais un détour par rapport à la carte. L’application numérique prétends qu’à Durance un restaurant me sauvera!
Alors va pour Durance, bastide alanguie en bas du plateau.

Et là je cherche, je fouille – rien.
Ayant salué deux dames en discussion à l’entrée du village, je reviens :
« Pardon, excusez-moi de vous déranger, le restaurant est fermé ?
– Oui mais ça fait longtemps hein!
– Ah, c’est bien dommage.
– Mais vous voulez de l’eau , non? Vous avez une gourde ? Je vous la remplis!
– Oh je suis confus, c’est bien gentil, Voici la gourde. »
Trois enfants sortent et me dévisagent.
« Où est ce que tu poses ton vélo » me demande l’une.
« Là contre ce muret, si tu veux bien légèrement t’écarter. »
« Attends donne moi la gourde! Maman je peux la remplir ? »
« Oui ma chérie, mais tu fais attention, tu lui donnes de la fraîche, hein, pas de la chaude ».
L’enfant file suivie des deux autres décidées à observer la manoeuvre. Elle reviens, fière d’avoir en plus trouver le mécanisme de fermeture de ma gourde.
Je remercie, et en même temps, mon corps envoie en trois jets puissants la moitié de l’eau dans mon gosier. Je n’ai pas eu le temps de réfléchir consciemment à agir.
C’est fait d’un trait.
La petite fille « Ah ouais, c’est de la soif!
La voisine :
« On a vu passer vos collègues, on leur a donné aussi!
– Ah il y avait un groupe de coureurs?
– Oui ils ressemblaient comme deux gouttes d’eau à vous!
– Ah non là suis tout seul.
La petite fille :
« Attends je te la reremplis t’as tout vidé « .
Elle disparaît et reviens toute fière.
« C’est parfait, Merci infiniment, vraiment, Merci »
La petite fille : « t’as vu Maman j’ai TRES BIEN fait! »
Je repars le coeur heureux.
Il n’empêche que trente kilomètres plus loin, le bonhomme est vide.
Il n’y a pas de miracle. Qui s’est mal préparé doit assumer.
Je décide donc de prendre la route en ligne droite – économie de 15 kilomètres en tout – et le risque calculé qu’en ligne droite, les poids lourds auront le temps de me voir, et de décider : m’éviter, ou m’écraser ?
C’est une succession de faux plats montants puis descendants.
Le paysage a la monotonie des forêts de pins, et j’aime cette monotonie pour méditer.
Mais là, je souffre.
Chaque mètre réclame que j’abandonne.
Chaque goutte d’eau descendant mon visage, perlant au menton, avant de s’écraser sur le short de ma cuisse, est un cri du corps « arrête ! »
Les pucerons se multiplient, en plus, comme portés par tout le vent des Landes sur mon corps, puces, moustiques, tout ce qui ne survit pas à un pare-brise m’emprunte comme un omnibus, casse croûte inclus.

Les camions passent à toute vitesse.
Une BMW me dépasse aussi à grande vitesse, j’ai le temps de les insulter dans ma tête.
Et là, elle ralentit devant moi. Un jeune homme en polo de marque m’interpelle « ça va vous allez bien? On peut vous avancer ? »
Je les remercie, et je refuse : cette part du trajet c’est mon combat, intérieur.
Note pour moi-même « bmw n’est pas toujours un marqueur de narcissique ».
Mais quel nouveau témoignage.
25 kilomètres plus loin, à bout, je sens l’odeur de l’étable.
L’exaltation qui me saisit – Oui je vais y arriver, j’arrive au bout – me remplit d’énergie nouvelle.
C’est euphorique que j’arrive à l’hôtel.

Et là, mon hôte… L’histoire de cet hôtel et de cette soirée méritent leur propre récit.
Mais une chose est sûre :
Les Français valent infiniment mieux que celles et ceux prétendant mener le destin de notre Nation.
A quelques kilomètres à peine du Béarn d’une catastrophe politique en cours de développement, j’enrage de cette injustice, de cette disgrace.




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