L’erreur est humaine

Published on

in

Persévérer, l’oeuvre du diable

Vue de la façade du Reichstag à Berlin, avec sa coupole en verre et des drapeaux allemands flottant devant un ciel partiellement nuageux.

 J’ai rencontré la première fois Lars Klingbeil, l’actuel vice chancelier allemand, ministre SPD des finances, il y a une bonne douzaine d’années.

À l’époque, l’Allemagne faisait face à un phénomène populiste inattendu : le parti « Les pirates » rentrait dans tous les parlements régionaux à des scores entre 7 et 15%, promouvant plusieurs contenus idéologiques contradictoires.

Lars Klingbeil avait une certaine affinité pour les nouvelles technologies, et en tant que jeune député, soucieux de construire des réseaux humains. J’avais donc échangé quelques mots au cours d’une réunion sur le phénomène des pirates.

Comme je l’analysais dès la fin 2011, l’analyse des cartes électorales au niveau des communes et des cantons révélait que le vote pirate était en concurrence avec un autre vote populiste possible, d’extrême droite.

J’y voyais, dans les politiques menées par Merkel et les libéraux depuis 2009 le ferment d’une vague de l’extrême droite en Allemagne, et mettait alors en garde les hiérarques du PS passant à Berlin, de Valls à Hollande, de Ayrault à Cambadélis, de Aubry à Germain.

On était entre primaires et présidentielle.

J’avais même écrit cette analyse sur mon premier blog, confidentiel.

À l’analyse électorale j’avais ajouté une analyse économique et sociale : le choix des socioliberaux avec Schröder, continué par Merkel et le libéral Westerwelle, de diminuer les impôts sur le patrimoine et les hauts revenus, tout en réformant l’assurance chômage et le droit du travail au détriment des salariés, poussait l’économie allemande à un système de prédation des classes populaires qui perdaient en pouvoir d’achat, tout en étant mis systématiquement dans une position de suspects, obligés de justifier tous les choix de la vie intime.

Le système de précarité de Harz 4 s’associait à l’explosion des temps partiels pour réduire en apparence le chômage tout en créant un volant considérable de travailleurs pauvres, condamnés à le rester, et de plus en plus en colère.

En 2013, un groupe de bourgeois rentiers créait l’AfD comme parti anti Euro et anti dette, sur une ligne proche du français Asselineau. Ils seraient restés marginaux si dès 2014 d’authentiques militants et groupes issus de l’extrême droite et de la droite nationale-conservatrice de la CDU ne s’étaient alliés pour radicaliser la plateforme.

En 2017, le parti rentre au Bundestag avec 12% des voix.

Les subsistances des cadres neonazis d’Allemagne de l’Est se rallient à leur tour. À partir de 2020, les services secrets intérieurs commencent à réaliser que l’AfD contiens des ailes entières authentiquement fascistes, ce que la justice allemande confirmera en 2022. À partir de 2024, le parti est considéré « radicalisé S ».

Cela ne l’empêche pas de faire 20% des voix aux élections de 2025, loin devant le SPD.

Je pensais que Klingbeil représentait une aile pragmatique, capable d’analyser les évolutions récentes.

Suite à la défaite cinglante de Scholz, pire résultat du SPD depuis … avant la première guerre mondiale, Klingbeil a verrouillé le parti, en prenant tout le contrôle. Les seuls à lui résister sont les Jusos, l’organisation des jeunes socialistes.

Je me trompais.

Lars Klingbeil a annoncé vouloir baisser les charges et impôts des entreprises, et approfondir ainsi le sillon catastrophique des politiques de l’offre conduites depuis Schröder. Il compte y consacrer 17 milliards d’abandon de recettes fiscales – le tonneau des danaïdes enclenché dés 2017 par Bruno Le Maire et Emmanuel Macron…

La de-industrialisation allemande s’accélère depuis 2019 – avant le Covid. L’économie stagne au niveau de 2019. Mais pour 50% des allemands, les revenus réels nets stagnent au niveau de 2003.

En refusant d’investir les milliers de milliards d’épargne accumulés avec les excédents commerciaux, l’Allemagne a déprimée sa demande intérieure au point de réanimer son extrême droite. Et monsieur Klingbeil dit « on va accélérer ».

Alors que le chancelier Merz, pourtant pas un tendre, a réalisé un changement de paradigme idéologique inouï pour son parti en faisant annuler la règle d’or, ouvrant la voie à des investissements publics massifs, Lars Klingbeil fait du Macron.

Je ne sais pas comment réagir, entre colère et écœurement.

La social démocratie européenne a cessé depuis longtemps d’analyser les conditions matérielles et les rapports de classes, la répartition entre travail,et capital. Elle ne pense plus, et ressort à un éventail de « boîtes à outils » archaïques, conçues il y a 35 ans.

Pourtant, jamais il n’a été plus nécessaire de faire respirer une alternative démocratique et sociale en Europe.

Laisser un commentaire


Bienvenue!

Entrepreneur du numérique depuis 25 ans en Allemagne, je mène de front activités économiques et engagement politique. J’ai eu la chance de mener des organisations de 50 à 200 salariés avec des clients allant des PME-ETI aux grandes entreprises. Avec une formation d’historien, ex conseiller du commerce extérieur de la France (CCEF) je suis membre de l’Institut français des administrateurs (IFA).  Gascon, mes racines sont les mariniers de la Garonne et les Calvinistes néracais, mon nom de plume Weindenberg est la traduction de Pouydesseau.
linkedin: https://www.linkedin.com/in/mpouydesseau/


Mathieu Pouydesseau

Abonnez vous

Recevez nos newsletter


En savoir plus sur Chronique Libre de l’Humanité

Abonnez-vous pour poursuivre la lecture et avoir accès à l’ensemble des archives.

Poursuivre la lecture