La guerre sociale en 1525

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Révolte paysanne pour la liberté et les droits civiques et économiques
Révolte paysanne pour la liberté et les droits civiques et économiques 1525

La plupart des « jacqueries » et « révoltes paysannes » sont méprisées par notre mémoire historique.
Pourtant, ces révoltes populaires, fréquentes au Moyen Âge, démontrent que le système d’accumulation par la violence a toujours été insupportable.
Il y a 500 ans commençait l’une des plus importantes d’entre elles, au sud de l’Allemagne. 

Les paysans et artisans, les ouvriers agricoles, les serfs – esclaves, se rassemblent. 
La contestation de l’ordre social s’accompagne d’une remise en cause de l’ordre religieux. 
Des nobles et des soldats se joignent à la révolte, la considérant justifiée.

Les revendications sont formulées dans un texte fondamental, « les 12 articles ». J’avais consacré un article de ce blog aux douze articles il y a six ans : Les 12 articles
Il rejette le servage au nom de la libération du Christ qui rends tous les hommes universellement égaux.
Ce texte est l’un des ancêtres de La déclaration des droits de l’homme et du citoyen. 
A peine rédigé, il connaît une diffusion extrêmement rapide : 25 000 exemplaires immédiatement imprimés.
Le texte sera considéré de l’Alsace et la Lorraine, la franche Comté, à la lointaine Thuringe, comme le manifeste social et moral du peuple face à l’oppression féodale.

Car la révolte paysanne est aussi une affaire touchant l’actuel territoire français.

Des la fin du XVeme siècle se crée un mouvement de contestation. On ne porte pas de gilet jaune, mais on a des souliers à lacet, le lacet qui lie la chaussure signifiant aussi « l’union ».
Les paysans s’appellent donc « Les chaussures à lacet » qui peut aussi être traduit par « l’union de la chaussure ».
Ils publierons 14 articles de revendications entre 1512 et 1517. La plupart des agriculteurs menant le mouvement sont exécutés en 1517, les survivants se dispersent. 
On exécute et on met en scène la punition: les révoltés sont écartelés, leurs têtes exposées sur les remparts des villes et des villages concernés. 

Entre mai 1525 et 1526, les nobles et les États aristocratiques comme ecclésiastiques vont se liguer pour étouffer la contestation sociale. 

En Alsace Lorraine, c’est la famille des Guise qui rassemble des troupes de mercenaires et des troupes françaises. 
Ils vont massacrer 20 000 paysans. 

En Allemagne, Suisse, Autriche, les soulèvements sont aussi écrasés, les meneurs brûlés vifs.

L’aristocratie va aussi conduire le procès en « dé-humanisation » des révoltés. 

Un incident, le massacre du gendre de l’empereur germanique, un noble arrogant et détesté de la paysannerie, va être mis en scène en boucle dans les prêches et les publications comme la preuve du caractère monstrueux des revendications sociales. 
La répétition sans cesse de la violence de son exécution doit aider la conscience morale des puissants à accepter le massacre, les tortures, les supplices infligés au peuple.

Luther sentira le boulet de cette colère des puissants et se ralliera, condamnant la révolte après avoir pourtant accueilli favorablement les 12 articles.

C’est Thomas Müntzer qui incarne la révolte dans son aspect théologique et philosophique. 
D’abord partisan de la réforme – c’est lui qui nomme l’église catholique « putain de Babylone » – il critique Luther pour sa proximité avec les riches et les puissants, et sa pusillanimité à lier réforme théologique et réforme sociale.

Battu à la bataille de Frankenhausen – les armées professionnelles perdent seulement 6 soldats mais massacrent plus de 5000 paysans – il est torturé, decapité, sa tête exposée.

La répression, terrible, va avoir de terribles conséquences économiques. 
Entre 100 et 125 000 paysans sont massacrés. 
Un nombre équivalent est soumis à diverses punitions, de l’œil arraché à un membre coupé. Ils sont privés de leurs minces droits. 
Beaucoup transformés en « apatrides » errent mendiants.
Il n’existe pas encore à l’époque de système de délestage des dissidents, des révoltés, dans des espaces coloniaux. 

La perte de tant de bras à une conséquence inattendue : le coût du travail augmente, il doit être réduit par des systèmes renforcés de servage, de corvées non rémunérées, de taxes indirectes.
Car sinon, comment accumuler du capital ?

La perte de productivité due à ce système d’exploitation par la violence va plomber l’économie agricole du sud de l’Allemagne et contribuer au marasme précédant la guerre de trente ans. 
Elle en est une conséquence indirecte.

Rappelons le : pendant la guerre de trente ans, on verra des comportements quasi genocidaires contre des populations en raison de leur religion, tuant un tiers de la population !

Les puissants créeront la colonie punition des révoltes le siècle suivant. 

L’un des points de la révolte, c’est la ville natale de Karl Marx. 
L’un des articles des paysans de 1525 touchait au droit de réclamer brindilles et branches de bois mort en forêt.
L’un des premiers article qui rends le jeune philosophe du droit célèbre, c’est la critique de la criminalisation des paysans ramassant du bois mort, en 1844.
Cela vaudra l’interdiction de la revue où il écrit, et son expulsion d’Allemagne.
Il reviendra en 1848, à la révolte des peuples européens contre l’arbitraire des puissants. Battus en 1849, il reprend le chemin de l’exil, comme près de deux millions d’allemands fuyant répression et pauvreté.
Une partie d’entre eux se retrouverons en 1861 dans les troupes unionistes contre l’esclavage. 

L’abolition du servage c’est justement un des 12 articles. 
Les paysans européens de 1525 ne rêvaient pas de colonisation américaine et africaine, mais d’émancipation en Europe, contre un système féodal et colonial dont ils étaient les victimes.

La férocité de la répression de 1525 annonce celle des colonialistes. 
Elle démontre que la violence criminelle contre les peuples n’est pas attachée à une culture, mais à un statut social. 

Et ce que nous appelons « guerre de religion », pour limiter l’ampleur historique à une dimension théologique, ont été aussi des guerres sociales. 

Map illustrating locations and events related to the German Peasants' War, highlighting various uprisings, battle sites, and significant dates in the early 16th century.

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Entrepreneur du numérique depuis 25 ans en Allemagne, je mène de front activités économiques et engagement politique. J’ai eu la chance de mener des organisations de 50 à 200 salariés avec des clients allant des PME-ETI aux grandes entreprises. Avec une formation d’historien, ex conseiller du commerce extérieur de la France (CCEF) je suis membre de l’Institut français des administrateurs (IFA).  Gascon, mes racines sont les mariniers de la Garonne et les Calvinistes néracais, mon nom de plume Weindenberg est la traduction de Pouydesseau.
linkedin: https://www.linkedin.com/in/mpouydesseau/


Mathieu Pouydesseau

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