Suzanne Vasseur

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Je souhaite vous parler de Suzanne Vasseur.

Ce n’est pas la première fois que je le fais.

Suzanne est guillotinée le 18 août 1942 à Berlin, à 28 ans.



Née le 16 janvier 1914 à Calais, Suzanne étudie en Espagne et en Angleterre. Polyglotte, elle trouve un emploi dans une entreprise du textile à Berlin.
Elle y rencontre son futur mari, Richard Wesse.
Après une période hors d’Allemagne, elle y revient après la prise de pouvoir des nazis.

Son époux est considéré par les lois raciales comme « demi-juif ». Ingénieur, il est considéré également comme « personnel sensible » chez Siemens.
Cela le protégera tant en 1942 que pendant toute la guerre à laquelle il survivra.

Suzanne a déjà à l’époque un passé de militante antinazie.
Elle a organisé la traduction de feuilles de propagande antinazie clandestines.
Restée en Allemagne après la déclaration de guerre, elle est active dans plusieurs réseaux d’entraide et d’échange d’informations dans les milieux des prisonniers de guerre francophones.
Elle a rencontré, dans l’entourage de son mari, un réseau clandestin juif communiste mené par le couple Braun. Il rassemble notamment des militants ayant fait le choix, malgré les risques, de rester en Allemagne et de continuer les actes de résistance.
Diffusion de tracts, production de faux papiers, actions de renseignement sont au programme de leur action en 1940 et 1941.

Je cite le Maintron:
« Un survivant, Richard Holzer , dont Jean Marie Fossier a retrouvé la trace en Allemagne de L’Est, a indiqué : « J’ai adhéré fin 1939 au groupe d’Herbert Braun mais je n’ai vraiment connu Suzanne Vasseur qu’en juin 1940. À partir de cette période, je l’ai vue presque chaque jour, jusqu’à sa mort. Tout ce qui me reste d’elle, c’est une mauvaise petite photo et Le chant du monde de Giono. Elle était très férue de Jean Giono et nous n’avons jamais terminé nos discussions à ce sujet.
Il est certain qu’elle possédait la faculté, grâce à des dons brillants, de rendre familiers en peu de temps, des problèmes idéologiques et politiques. Ce qui ensuite la poussait à traduire en actes ce qu’elle avait reconnu comme juste. Grâce à ses ressources personnelles puis à des travaux de traduction bien rétribués, Suzanne Vasseur put aider financièrement le groupe de résistance. Elle prit part à la confection d’innombrables tracts, ou même les a écrits ». »

En 1942, Goebbels inaugure avec toutes les trompettes de la propagande nazie une exposition sur l’URSS présentée comme un pays dégénéré – sous-entendu qui a bien mérité le « génocide par balles » alors en cours de réalisation.
Rappelons que nombre de policiers sont temporairement mobilisés pour former les bataillons de fusilleurs derrière les lignes. Les nouvelles circulent du front. On sait que des milliers de civils sont exécutés. Il est nécessaire de donner une justification idéologique aux massacres.

Le groupe Braun décide une opération de contre-propagande. Le 18 mai 42, le couple Braun, Suzanne Vasseur et un autre couple entrent dans le « Lustgarten » et y déposent des bombes incendiaires.

Le régime est furieux. En représailles, 500 juifs otages sont exécutés. La Gestapo multiplie les arrestations et les tortures. Trahi, le groupe Braun tombe.

Suzanne est arrêtée le 23 mai, torturée, condamnée à mort.

Sa fille Catherine sera élevé par des amis.

Le souvenir du groupe Braun et de Suzanne Vasseur, résistante française en Allemagne, est ignoré des grandes commémorations.

L’Allemagne choisit soigneusement des résistants qui, à un moment, ont été nazis, des Scholl aux militaires du coup d’état de juillet 44.
Le mieux, c’est s’ils sont bourgeois et chrétiens.

La résistance des années 30 fut brisée, ou dut s’exiler, comme Willy Brandt, comme beaucoup de socio-démocrates et de communistes, le mouvement progressiste fut réprimé, assassiné, déporté avant même l’été 1942. Les ouvriers, les classes populaires résistantes, les réseaux juifs, athées, ont les reins brisés dans les camps de concentration du printemps 1933, de l’été 1936 après les JO.
27 députés et députées sont assassinés entre 1933 et 1939.
Leur mémoire est diffuse, confuse, parfois même niée.

Le réseau de la « Rose blanche » se crée l’été où le réseau Braun est torturé, guillotiné.
Si Hans rompt avec le nazisme dés 1937, Sophie prendra conscience plus tard, la guerre déclarée.
On sait le rôle que les massacres de la Wehrmacht en Russie en 1942 ont joué dans la prise de conscience de la nécessité d’agir des étudiants autour de Hans Scholl, qui en avait un témoignage direct.
Hans arrive sur le front russe avec deux de ses camarades en juin 42, alors que le groupe Braun est torturé par la Gestapo. La décision d’agir est à leur honneur, et ils paieront le plus lourd des sacrifices, leur vie.

Mais pourquoi l’Allemagne de 2026 vit-elle dans la commémoration d’exemples symboliques si peu représentatifs de la résistance initiale au nazisme?

Les grands parents des adultes allemands d’aujourd’hui, les gens nés entre 1920 et 1930 qui la plupart viennent de mourir, étaient bien, pour la majorité, nazis, favorables aux politiques nazies, favorables aux avantages qu’ils tiraient, ou suivistes satisfaits jusqu’en février 1943.
D’où d’ailleurs le succès de la base de donnée mise à disposition par le Spiegel sur les anciens membres du NSDAP (10,5 millions d’allemands ont été membres).
Toutes organisations confondues, prés de 25% des allemands sont passés par une organisation du parti nazi, dont 8 millions de femmes.

Il fallut les premières défaites, les premières vraies restrictions et les premiers bombardements pour que l’opinion se refroidisse, pour que les classes compromises s’occupent de leur rédemption.

Il n’y a pas de collège ou de lycée Suzanne Vasseur en Allemagne.



Peut-être serait-il temps d’y songer.

C’est une héroïne au bien joli sourire, qui mourut avec l’espoir d’un monde meilleur pour sa fille.

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Entrepreneur du numérique depuis 25 ans en Allemagne, je mène de front activités économiques et engagement politique. J’ai eu la chance de mener des organisations de 50 à 200 salariés avec des clients allant des PME-ETI aux grandes entreprises. Avec une formation d’historien, ex conseiller du commerce extérieur de la France (CCEF) je suis membre de l’Institut français des administrateurs (IFA).  Gascon, mes racines sont les mariniers de la Garonne et les Calvinistes néracais, mon nom de plume Weindenberg est la traduction de Pouydesseau.
linkedin: https://www.linkedin.com/in/mpouydesseau/


Mathieu Pouydesseau

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