Chronique Libre de l’Humanité

Le budget Klingbeil ne sauvera pas l’Allemagne, dit un économiste allemand

L’économiste allemand Achim Truger a aujourd’hui évalué le budget allemand pour la radio d’information continue Inforadio.

Achim Truger pense que le budget proposé par le ministre SPD Klingbeil ne sortira pas l’Allemagne du marasme dans laquelle elle est plongée depuis fin 2019.

On lui demande si le fait de vouloir emprunter 180 milliards pour « investir » n’allait pas permettre de relancer la croissance.

Il a eu deux remarques importantes.

D’abord, constatant qu’une partie de ces milliards de dette vont alimenter les investissements dans la défense et les armements « ce n’est pas une bonne politique que de financer les dépenses d’armements par la dette. Elles devraient être financées par le budget ».
L’idée est fondamentale : les investissements dans la défense ne sont pas productifs au sens macro économique. On construit des chars, des drones, des munitions avec l’intention de les détruire.
Si cela alimente un peu la consommation intérieure, les dettes contractées ne peuvent pas être remboursées par le produit des investissements réalisés.

Ensuite, c’est son second point, si le budget « infrastructures et adaptation au réchauffement climatique » vint aussi bénéficier de cet endettement, l’effet macro économique est annulé par le plan de coupes sociales et d’attaques des droits des salariés. L’énorme angoisse que crée ces annonces se traduit par une chute de la propension à consommer et l’augmentation de l’épargne de précaution.
La demande intérieure peine ainsi à compenser le recul en volume des exportations.

Or, l’Allemagne est le pays illustrant le mieux la théorie des « trappes à liquidité » formuler il y a presque un siècle par Keynes.
Son épargne, contrairement à la théorie économique classique, celle professée par exemple par l’incompétence incarnée de Aghion, n’a jamais été transmise à l’économie sous forme d’investissement privé.
Jamais.
Elle s’accumule soit en dépôts – 3000 milliards – soit en achats de dette étrangère. L’épargne allemande ne finance rien, ou les retraites des américains, les usines des chinois, et jusqu’en 2022, le régime de Poutine.
Si les plans de coupe sociales augmentent l’épargne, alors le gouvernement n’aura d’autre choix, conclut Achim Truger, que de mobiliser l’épargne en augmentant les impôts.

Baisses des prestations sociales et médicales, attaques sur les retraites et le droit du travail, augmentation des impôts : voilà un agenda qui va continuer d’alimenter la colère allemande populaire.

Rarement j’ai entendu un exposé aussi clair d’un économiste allemand sérieux et réputé des arguments que je défends ici et dans le numéro 3 de la Revue « L’Audace »

3000 milliards d’épargne sur comptes de dépôts
Les montants en bleu foncé ne produirons pas l’activité nécessaire à leur remboursement
Non seulement les montants sont surestimés – l’institut de Kiel a évalué à seulement 5 milliards l’investissement net réel en 2025 – mais ils ne prennent pas en compte les baisses de revenus de transfert des ménages et les coupes sociales
Le résumé de l’entretien en allemand
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