Chronique Libre de l’Humanité

L’émeute annonciatrice d’une rupture

La France est-elle pré – fasciste? Elle est face à une rupture.

Je rappelais hier les moments de bascules dans des régimes autoritaires alliant libéraux et droites extrêmes contre le mouvement social et la démocratie universelle : Corruption et pillage

Mais l’histoire commence avant la révolution. C’est d’ailleurs une obsession de l’extrême droite que de rappeler que la France serait plusieurs siècles antérieurs à la France républicaine.

La Nation s’invente dans la révolution. Le peuple en France avant, c’est au mieux des masses colonisées par une minorité.

La France a connu une émeute en moyenne tous les cinq jours entre …
1660 et 1789.
Il y a eu des périodes de répression et de stabilisation.
Mais la période 1660-1789 voit une dégradation continue du niveau de vie des masses paysannes et artisans dans le royaume.
L’absolutisme s’installe et met l’accent sur des batailles culturelles pourtant pacifiées depuis trois quart de siècles, réactivant la guerre religieuse.

90% des émeutes populaires entre 1660 et 1789 sont contre les impôts indirects, les corvées – impôts en nature par le travail forcé – et les salaires trop bas, le coût du pain.

Pendant toute la période, l’absolutisme rejette la réforme fiscale nécessaire, celle mettant à contribution les riches propriétaires fonciers – noblesse et clergé catholique – pendant que la bourgeoisie d’affaires, développant la spéculation financière et l’exploitation des colonies, cherche elle-même à cesser de payer l’impôt par l’annoblissement.
Les colonies sont cependant perdues car le royaume absolutiste perd régulièrement des guerres catastrophiques et coûteuses.

Les physiocrates théorisent alors l’idée que l’économie a des « lois naturelles » et que l’État doit surtout ne rien faire.
Les malthusiens eux pensent qu’il est bon de réduire la démographie et empêcher les classes paysannes de se renouveler trop vite.
Les libre echangistes imposent en 1786 un accord avec la Grande Bretagne qui va plomber le déficit commercial et liquider le début de révolution industrielle française.

En 1789, les cahiers de doléances parlent d’égalité des droits et d’égalité devant l’impôt.
Les trois notions : liberté, égalité, justice fiscale, sont unies et indissociables.

En avril 1789, une émeute a lieu, une de plus, sur la question des salaires.
Deux industriels, ceux qui ont construit les premières montgolfières, veulent baisser les taxes sur le pain pour baisser les salaires de leurs ouvriers.
Oui, c’est exactement ce que l’on fait depuis dix ans sous Macron pour « améliorer la compétitivité » après avoir ouvert le marché à la Grande Bretagne d’aujourd’hui, la Chine : baisser les impôts pour baisser les salaires payés par les entrepreneurs.

Les ouvriers de Paris comprennent tout de suite que la somme sera perdante pour eux. Le domicile de l’industriel est pillé, les forces de l’ordre interviennent et tirent sur la foule, y compris des passants désarmés.

Trois mois plus tard, les mêmes banlieues populaires de Paris se mettent en grève contre les taxes et les impôts à l’entrée de Paris. Les péages sont bloqués pendant trois jours.
Au troisième jour, la rumeur dit que la troupe qui a tiré en avril fait mouvement vers Paris. Elle pousse le peuple parisien à s’armer pour se défendre : les Invalides sont pillés, puis, la Bastille emportée. Le gouverneur est décapité, les défenseurs jetés du haut des murs.

Mais cette violence, on est qu’au début de la Révolution française, a une histoire.

Les salaires et les revenus des classes paysannes et artisanales en Europe ont connu une augmentation constante entre 1350 – après la peste noire – et 1450 en Europe centrale, 1500 en France et Italie.

C’est cette prospérité inouïe qui explique les violentes révoltes paysannes partout en Europe entre 1450 et 1525 – débouchant d’un enjeu matériel, la fin du système de servage, de l’inégalité devant l’impôt, d’absence de droits politiques – vers in enjeu culturel – les guerres de religion.
Mais cette hausse tendancielle des salaires et des revenus provoque aussi l’apparition d’une bourgeoisie financière accumulant du capital et s’appropriant la production monopolistique de métaux non ferreux, la monnaie de l’époque.
Cette bourgeoisie veut baisser le coût de la main d’oeuvre et le coût des produits importés d’Asie : Elle lance la colonisation.
Cette bourgeoisie finance aussi les répressions des révoltes paysannes – 200 000 morts rien qu’en Allemagne du Sud en 1525.

La combinaison répression, colonies, esclavage colonial, et guerres de religion entraînent la baisse tendancielle des salaires et des revenus populaires.
Le capitalisme pré industriel est construit sur l’exploitation des paysans et des artisans, alors que son impulsion première, c’était la prospérité des paysans et des artisans.

La situation actuelle n’est pas fondamentalement différente.
Le progrès technique et démographique s’accompagne d’un épuisement du capital naturel « gratuit », le vivant est épuisé.

Mais la crise actuelle est la conséquence d’une baisse tendancielle des salaires et des revenus des classes populaires et moyennes en Europe (et les pays occidentaux) alors que s’accélère l’accumulation de capital.

En Europe, les guerres religieuses ont fait des dizaines de millions de morts – c’étaient cependant des conflits d’intérêts et des transformations des rapports de forces sociaux et économiques d’abord.

La révolution française n’est pas une histoire paisible, elle est aussi violente que le contexte qui l’a fait surgir.

La question n’est pas si nous sommes « réformistes » ou « pour une rupture ». Les évènements sont fait par les hommes, comme somme des comportements collectifs et de leurs affrontements, mais ils s’imposent à l’individu.

La question est de savoir comment en faire sens.

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