Chronique Libre de l’Humanité

La Permacrise

Le terme pour décrire notre réalité est, de plus en plus, la « permacrise ».

C’est exactement l’inverse de ce que tous nos économistes académiques, nos technocrates hautement diplômés, nos cercles de la raison au gouvernement, nous promettaient, ce qui allait être impossible, le libéralisme établissant un équilibre merveilleux et harmonieux.

Pour détruire les bases keynésiennes et interventionnistes des systèmes commerciaux, sociaux, diplomatiques, monétaires mis en place dans les années 45, l’offensive des années 70 a fait passer une crise dû aux prix de l’énergie – et enflammée par les conflits au Proche Orient – comme une crise systémique des Etats Providence, de l’ONU, de la démocratie sociale. L’effondrement du régime soviétique dans les années 90 a crée un appel d’air libéral promettant, dans la globalisation mercantile, une ère de prospérité et de stabilité mondiale.

Cette illusion idéologique devait gommer l’exploitation naturelle – la consommation du capital naturel comme « gratuit » à un rythme supérieur à son remplacement ayant supplanté le mécanisme d’exploitation du travail humain pour compenser la baisse tendancielle du taux de profit.

Elle a gommé bien sûr les comportements brigands et refusé de prendre en compte les mécanismes de constitution des monopoles, en ignorant les mécanismes de création monétaire et leur conséquence sur les bilans publics et privés.
De fait, les banques créent de la monnaie en créant des crédits. La hausse mondiale des prix de l’immobilier et la hausse mondiale des volumes de crédits créent des volumes considérables de monnaie stockées dans les bilans sous la forme de dette publique et d’excédents d’épargne.

La logique même de ce néolibéralisme est de finir en libertarisme pour accélérer la croissance de l’accumulation monopolistique du capital.

Mais la permacrise est au coeur de la critique marxiste du capitalisme.

Entre 1900 et 1914, de nombreux analystes ont vu dans les crises à répétition une forme de permacrise avec des monopoles se comportant d’une manière corrompue, et poussant les Etats à l’impérialisme, le colonialisme, la guerre.
La première guerre mondiale a entraîné une destruction totale des grands empires issus de la monarchie des temps modernes – de la Russie à l’empire Ottoman.
Seul le Japon survécut.
La seconde guerre mondiale née des déséquilibres de la première, de la crise financière de 1929, des politiques déflationnistes européennes des années 1930-1936.

La stabilité relative des années 1945-1975 se construit sur une extraordinaire destruction du capital possédé par des forces monopolistiques. C’est l’un des apports reconnus des travaux de Piketty. Jamais les forces du capital n’ont été aussi faibles qu’en 1945.

La réaction a mis du temps, et elle nous mets en permacrise.

Celle-ci est économique, sociale, morale, géopolitique, culturelle, militaire, et climatique.

Sincèrement, il ne faut pas avoir lu beaucoup de livres d’histoire pour savoir ce qui est en jeu – et je vous le dit déjà depuis plusieurs années.

L’enjeu de la guerre ou de la paix, l’enjeu d’un crime qui fera oublier les crimes du nazisme dans son énormité, ou d’une mobilisation mondiale des bonnes volontés, l’enjeu de la mort pour la jouissance d’une minorité, ou celle de la défense sacrée de la vie.

C’est cela l’enjeu.

(Sauveterre de Béarn, immanence et modernité)

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