Que se passe-t-il entre 1450 et 1525 ?
Les structures du capitalisme pré industriel se mettent en place.
Mettre fin à la hausse des salaires
Elles répondent en partie à une autre évolution : depuis 1350 et la peste noire, la tendance de fond est un accroissement des salaires et des revenus des classes qui travaillent.
Les revenus de rentes foncières sont médiocres.
Le pouvoir d’achat disponible des paysanneries et des artisans s’améliorant, leur consommation change. Le temps de travail a d’ailleurs baissé tendanciellement, le revenu gagné permettant d’augmenter le temps de loisir.
Les consommations secondaires alimentent une croissance du commerce.
La prospérité n’est pas captée par les grands propriétaires fonciers – les nobles. Ceux-ci ont dû accepter de nombreuses concessions en chartes de droit, en respect des droits locaux.
Entre 1450 et 1500, cette prospérité des classes qui travaillent est en partie captée par de nouvelles bourgeoisies.
La demande en textile augmentant, les familles liées aux grandes foires s’enrichissent également. Avec le revenu accumulé, elles n’investissent que partiellement dans le foncier.
Un Jacques Coeur, une famille Függer, les marchands italiens investissent dans le contrôle des métaux non ferreux, les outils scripturaux de transfert de monnaie et la production de monnaie.
Le premier capitalisme créé des monopoles
Des monopoles se forment – et des monarques en marge des échanges cherchent des alternatives. Le Portugal et l’Espagne se lancent dans le capital risque pour briser les monopoles des républiques italiennes et des marchands allemands et flamands.
Il s’agit de contourner les routes de la Soie, qui font aussi la prospérité des ottomans et des arabes, eux-mêmes engagés depuis le VIIIeme siècle dans la traite Orientale.
La découverte des Amériques et l’inflation monétaire non ferreuse renversent le rapport de force des classes qui travaillent de celles qui contrôlent le capital, qu’il soit monétaire, foncier, commercial.
Les salaires stagnent à des niveaux élevés en Europe entre 1450 et 1480, et commencent à baisser après.
Dès le début, l’accumulation du capital par quelques uns et la colonisation du reste du monde visent à mettre au pas les classes paysannes et artisanales.
Les 50 années qui voient à la fois la colonisation des Amériques et l’établissement de la traite occidentale voient également une rupture profonde au sein de la chrétienté.
La crise morale liée à cette accumulation capitaliste pré industrielle et le renversement du rapport de force salarial entraînent une remise en cause de l’ordre social et spirituel.
Les classes qui travaillent ont également amélioré leur capacité à savoir. En 1480 le taux de lecture est plus élevé qu’en 1380. L’invention de l’imprimerie accélère la transmission des informations autant que de la connaissance théologique et scientifique.
En même temps, les classes enrichies décident de s’intégrer à l’ordre social nobiliaire. Les Függer corrompent le saint Empire romain germanique et obtiennent le titre de comte.
Ils financent la montée des Habsbourgs et s’allient au Vatican.
La crise morale est à l’origine de plusieurs mouvements théologiques. Lüther n’est ni seul ni le premier.
Son message est rapidement affaire impériale : la remise en cause théologique est aussi populaire dans le peuple qui travaille parce qu’il donne un cadre d’explication de la dégradation radicale de sa situation matérielle.
Si l’église est corrompue, alors la paupérisation est due à cette corruption. Ceux qui protègent l’église corrompue sont forcément aussi des voleurs de la prospérité populaire.
Et c’est le cas. Grâce aux prêts des grandes richesses bourgeoises, les forces nobiliaires reprennent le contrôle des territoires, des fonciers, des rentes foncières.
Il faut rétablir des impôts indirects, imposé le monopole du sucre colonial, l’obligation de consommer le sel exploité en monopole, réduire le temps libre des classes qui travaillent en rétablissant des corvées et des services de prises de personnes.
Les classes populaires se révoltent. Dans certaines villes, artisans et commerçants se liguent contre les noblesses, comme dans les Flandres.
La révolte la plus massive et la plus oubliée est celle des paysans de Bavière et de pays Souabe en 1524.
Le siège de l’homme le plus riche d’Europe, Fugger, est à Augsburg, au coeur de la région révoltée.
Il va financer les troupes d’une répression génocidaire. Lui-même écrira qu’il faut tous les tuer.
Plus de 150 000 personnes vont être tuées en quelques semaines, brûlées vives, écorchées, violées, torturées, les villages pillés.
Leur déclaration de révolte, « les 12 articles » préfigure la déclaration des droits de l’homme.
Lüther sauvera sa peau en condamnant la révolte, cessant d’être un prophète d’une religion d’émancipation populaire. La dimension subversive du protestantisme se retrouvera dans le calvinisme aquitaine et des révoltes en Bohème.
La colonisation et la traite occidentale sont deux caractères indissociables du capitalisme pré industriel.
En France, la chute des revenus des salariés, des artisans, des paysans, se poursuivra jusqu’à la Révolution.
C’est la République sociale qui donnera, entre 1792 et 1795, l’idée qu’il est possible d’encadrer le capitalisme et l’ordre socio-économique au profit du plus grand nombre. L’abolition des privilèges est cependant non une rupture avec le moyen âge. C’est une rupture avec l’ordre social et politique du capitalisme esclavagiste pré industriel.
