Le rapport parlementaire dont on devrait parler, ce n’est pas le torchon de monsieur Alloncle, mais bien celui sur le désastre du commandement dans l’affaire du Louvre.
Le rapporteur est un député de gauche, Corbières, et du coup, les retombées ont été modérées.
Pourtant, il y pose un principe simple, que tout dirigeant d’entreprise, comme moi, tout administrateur d’association, ou simplement toute personne ayant un jour exercé une responsabilité, par exemple pour organiser une fête familiale, comprend immédiatement.
Le système absurde des nominations de la cinquième République a été entièrement privatisé par un homme n’ayant rien compris à l’idée même de la République, Emmanuel Macron.
Or, en faisant de tous les postes importants, y compris la direction des musées !, le seul juge de l’action le chef de l’État, on crée par force une culture de l’irresponsabilité.
Si la personne qui gère ne doit rien à sa mission, à la manière de l’évaluer, à un conseil d’administration, à une assemblée générale de sociétaires ou d’adhérents, mais tout à une seule personne, alors le gestionnaire ne s’occupera que de plaire à cette personne.
On voit la même mécanique catastrophique des gouvernances par le népotisme dans les grands groupes de presse privés. Puisqu’un milliardaire nomme les gestionnaires, et garantit par sa fortune la pérennité du media, le gestionnaire de presse n’a plus à se poser la question de l’offre de presse existante, des souhaits d’un électorat fidélisé, d’audiences peut-être orphelines. Le nombre des ventes n’a finalement plus qu’une importance secondaire, le succès d’audience est moins important que la satisfaction du propriétaire.
L’audiovisuel public a, par la loi, un certain nombre d’obligations à respecter dont les grands groupes privés aiment à se libérer par leur puissance financière. Il n’en reste pas mois, mais le rapport Alloncle n’en parle pas, que la gouvernance est affaiblie par le fait de la nomination à l’Elysée.
Le musée du Louvre a été dirigé par des gens devant tout à leur loyauté au président, et plus soucieux de satisfaire ses caprices plutôt que de la bonne gestion.
Le fiasco du vol des bijoux est ainsi une conséquence directe de la gouvernance catastrophique des institutions publiques suite au pouvoir de nomination – et de courtisanerie – du président de la République.
Cela bien sûr s’étend à des institutions fondamentales : les dernières nominations au conseil constitutionnel, au conseil d’état, à la cour des comptes, verrouillent d’abord pour empêcher un travail critique avec l’héritage du macronisme.
L’explosion de la corruption est dès lors une conséquence tout aussi logique.
Je suis membre de l’Institut français des administrateurs, l’IFA. Nous défendons l’idée d’une gouvernance partagée, du rôle des administrateurs comme de véritables garde fous autant que de partenaires des directions d’entreprise. Surtout, nous croyons à des valeurs encadrant tant les gouvernances que dépassant la rentabilité à très court terme.
C’est la notion de responsabilité sociale.
En Allemagne, j’ai été à plusieurs reprises acteur de la cogestion, du côté salarié et du côté patronal. Je trouve ainsi regrettable la réticence en France d’accorder un rôle important aux représentants des salariés dans les conseils d’administration.
C’est sans aucun doute un outil nécessaire pour encadrer les risques des mauvaises gouvernances, des népotismes, de la corruption.
La question de la réforme de l’Etat est au coeur de la présidentielle 2027.
Il est illusoire, et contre productif, de goût réduire à des batailles de comptables sur des formules excel obscures.
Il s’agit de toute l’organisation sociale, comprise comme un organisme avec de nombreuses interdépendances, et des conflits nécessaires.
Le macronisme aura été le pire de la vision aristocratique – on dit aujourd’hui technocratique – des élites Parisiennes.
La République c’est d’abord la souveraineté du peuple français.
Ce principe dépasse par définition les caprices individuels d’un être élu à une fonction.
La condamnation de Nicolas Sarkozy, définitive dans plusieurs affaires, son incarcération, a démontré que le rôle du chef de l’État tel que défini dans la constitution corrompt par nature: l’entourage, les institutions, l’occupant du poste.
Nous avons une fenêtre de tir pour voter en ce sens.
Il serait bon de ne pas choisir ceux qui comptent utiliser tous les pouvoirs dans une sorte de revanche sectaire et une guerre civile permanente.
Cet enjeu est indissociable des enjeux économiques et sociaux.
Il dépasse également les manoeuvres pitoyables, minables, des appareils partidaires, de droite comme de gauche.
Il exclut de fait un mouvement ayant fait de sa gouvernance le pire présidentialisme caporaliste qu’il soit, tout au service de sa bobinette, pourtant multiple perdante aux élections.
A nous d’écouter et d’attiser de nouveaux vents.
Bordeaux, 13 mai 2026

