Chronique Libre de l’Humanité

l’Europe est organisée pour naviguer par beau temps, on a une tempête tous les deux ans !

La fermeture du détroit d’Ormouz est en train d’asphyxier, a une vitesse incroyable, l’économie mondiale.

L’union européenne est bien évidemment prise à défaut. Avec des incapables aux commandes ayant échoué en 2010 après la crise financière, échoué en 2015 pendant la crise migratoire, échoué en 2021 avec la crise pandémique et échoué en 2022-23 avec la crise inflationniste suivant la guerre d’agression russe en Ukraine, comment pouvait-il en être autrement ?

J’ai expliqué des centaines de fois cette réalité : les doctrines économiques et juridiques de l’Union Européenne ne fonctionnent que par beau temps, et font comme si les crises étaient impossibles.

Depuis 2007, nous en sommes à l’accélération des crises mondiales d’un rythme d’une tous les 10 à 12 ans à une crise tous les deux ans.

Et pourtant : tout ce que les médias, les experts, les gouvernements, les oppositions, ont en tête, c’est le budget « plus ou moins dans les clous des traités », c’est le libre échange, c’est la « compétitivité » entre pays européens poussés à se détester entre eux.

Une crise mondiale tous les deux ans…

Et aucune n’est encore de nature climatique.

Les pays d’Asie ont à peine quelques jours de réserves de gaz.

l’Europe devait commencer sa campagne de reconstitution des stocks pour l’hiver prochain cette semaine.

Cette même Europe qui détruit ses législations sur l’énergie renouvelable et se prive du nucléaire.

Cette même Europe qui a foiré par idéologie de marché la lutte contre l’inflation, la laissant redistribuer le revenu des classes populaires et moyennes aux plus riches.

Cette même Europe en déficit chronique d’investissement malgré des niveaux records d’excédents commerciaux et d’épargne.

La politique énergétique allemande fondée sur le gaz naturel (russe jusqu’en 2022) pour mener une « transition énergétique » s’est aussi accompagnée d’une stratégie de guerrilla économique contre les autres sources d’énergie favorisant d’autres Etats de l’Union Européenne.

Résultat: l’Europe, dont la politique énergétique est dirigée depuis 25 ans majoritairement par les conservateurs, est l’une des régions les plus vulnérables aux crises géopolitiques en approvisionnement d’énergies fossiles.

Spiegel et Stern critiquent la politique énergétique de Merz en regard des risques considérables pour l’économie allemande de la guerre au moyen Orient.

Spiegel, c’est le centre social libéral, le Stern est plus néo libéral encore.

Les prix de l’essence et du gaz ont de suite explosés en Allemagne : pas de flotteurs pour réduire les prix.

Les réserves sont réduites après un hiver rigoureux.

Et Merz a fait supprimer la rénovation thermique des bâtiments…

La droite européenne nous a conduit avec ses politiques menées entre 2010 et 2025 dans le mur, et n’apprend jamais rien.

La social-démocratie ne les a pas empêché, préférant s’allier avec eux qu’avec leurs gauches.

J’avais créé en 2016 une page sur le triomphe de la stupidité, supprimée il y a trois ans.

Mais on y est.

Hier, Merz, chancelier allemand qui se mets en scène en Allemagne comme partisan d’une Europe forte, autonome, et où il se voit lui-même comme un leader influent, était dans le bureau ovale à la maison blanche.

Pendant le quart d’heure devant les caméras,  le président américain Trump, après avoir déroulé son argumentation sur la guerre en Iran avec les contradictions habituelles, a commencé à s’en prendre aux Etats européens jugés pas assez loyaux. Il a annoncé pouvoir, s’il le voulait, violer la souveraineté espagnole, et préparer des sanctions pour « stopper » les relations commerciales avec ce pays de l’Union.

Merz a ri, a souri, a hoché la tête en signe d’approbation, et rien dit.

Trump s’est ensuite attaqué au Royaume-Uni.

Le commentaire de la principale rédaction de l’audiovisuel public allemand – où la liberté de critiquer, mais aussi le pluralisme, est bien supérieur aux rédactions des chaînes privées françaises, mais aussi du public – est assez cinglant, dans des formulations ciselées.

Merz avait dit à Munich vouloir faire évoluer les relations avec les États-Unis vers « un pragmatisme ancré dans le respect de nos principes ».

Je cite (et traduit):
« Merz semble avoir choisi en public le principe supposé pragmatique de l’apaisement.
Cependant, la frontière entre ce pragmatisme et la lâcheté des girouettes semble tenue. »

La guerre au moyen Orient vient de révéler une vérité cachée : l’Union Européenne se désagrège toute seule, sans drame institutionnel ou politique.
Aujourd’hui, c’est division à tous les étages : Kallas et von der Leyen se disputent la prerogative des commentaires internationaux, sans se soucier de construire un consensus avec les chefs d’État.
Ceux-ci mènent des jeux personnels sans souci de cohésion. On se souvient de la cacophonie autour du « conseil de la paix » créé par Trump pour remplacer l’ONU.
Aujourd’hui, l’Allemagne a accepté de lâcher l’Espagne comme un os à ronger à Trump dans l’espoir que celui-ci donnerait des concessions sur l’Ukraine.
Le même jour, Trump rendait la générosité de Biden vis à vis de l’Ukraine responsable de la pénurie probable de munitions d’ici quelques jours, semaines.
Merz a aussi ri aux plaisanteries attaquant le Royaume Uni.
Il y a deux semaines pourtant, trois dirigeants européens avaient tenté de donner une image d’unité : Starmer, Macron, Merz. Il n’en reste rien.

La guerre actuelle est la conséquence logique des contradictions d’intérêts, des accélérations des accumulations, observées depuis la crise déclenchée par le 15 septembre.

Le 15 septembre ?

Oui, nous sommes encore dans « l’après crise financière de 2008 ».

La crise pandémique a révélé et accéléré des dynamiques engagées dans les années 2008-2013 au niveau mondial et dans chaque régions du monde.

Les conséquences politiques et culturelles restent profondément prévisibles dès lors que l’on étudiait les évolutions matérielles.

Jai prévu la plupart des évolutions actuelles – non dans le détail des personnes et des actions – mais dans la logique générale des politiques engagées après la crise financière.

J’avais écrit dès 2010 que la guerre serait l’aboutissement logique si on ne changeait pas drastiquement le cours des choses.

En 2011, j’avais même quitté mon travail et financé par mes économies dix mois d’engagement, croyant que ma famille politique, la social-démocratie européenne, serait l’un des instruments pour empêcher cette vision catastrophique.
Je me trompais lourdement : elle fut un instrument de ces évolutions matérielles, supprimant le point de résistance au capitalisme prédateur qu’aurait dû former l’alliance de la bourgeoisie progressiste et des classes populaires.
Depuis, les classes populaires se partagent entre partis populistes racistes, religieux, et capitalistes d’un côté, et partis communautaristes, réactionnaires sur les questions de la liberté de conscience et l’émancipation des superstitions, et laissant subsister une critique amoindrie du capitalisme comme attrape intellectuelle.
On voit cette évolution partout en Europe.

J’ai sous-estimé la force des intérêts matériels brisant l’unité des peuples souverains en multiples archipels isolés.

Dans ce contexte, sans discours unificateur dépassant l’expérience individuelle ou locale, dépassant même l’appartenance de classe, les individus choisissent la « weimarisation » : l’émiettement des choix politiques au point de paralyser la démocratie représentative, et en fin de compte, la décrédibiliser.

Les pouvoirs centristes – eux-mêmes devenus des temples idéologiques sectaires et extrémistes, refusant partout en Europe des compromis sociaux ou économiques pour servir une classe sur représentée dans les directions d’entreprise et les parlements – ont longtemps profité des divisions a leur droite et leur gauche.
Prétendant être la modération pacifique, ils ont tous multiplié les corruptions, le népotisme, le pillage économique des Nations pour enrichir une classe.

Mais aujourd’hui, ces classes, face aux profondes contradictions d’intérêts qu’elles ont créées, cherchent de nouvelles alliances – à l’extrême droite.

Le monde globalisé a lui connut l’évolution prévisible dès 2010 : plus de concurrence, d’inégalités, de déséquilibres financiers, budgétaires, géopolitiques.

Les logiques politiques de « réformes » pour améliorer la « compétitivité » sur un « marché libre » ont détruit les instruments des coopérations internationales.
On ne peut pas être en même temps concurrent impitoyable et associé amical, surtout si les instruments d’entraide sont disqualifiés au profit d’accords bilatéraux.

J’avais l’inquiétude, il y a déjà quinze ans, de voir disparaître le système des organisations internationales, le système du commerce international.

Le COVID intervient alors que la crise de la globalisation a déjà commencé. Elle est déjà visible dans les chiffres de 2019.
A l’époque, on l’a oublié, l’Allemagne que l’Europe considère prospère et hégémonique par sa puissance économique, traverse depuis 2018 une crise politique profonde, marquée par des émeutes racistes violentes, la paralysie de l’exécutif, la colère d’un peuple qui ne voit rien venir des excédents commerciaux.
La France connait aussi fin 2018 et en 2019 une crise sociale, morale, politique profonde, avec un mouvement inédit dans l’histoire contemporaine, les Gilets Jaunes, que l’ensemble de la social-démocratie décidera de mépriser et condamner avec le centre, auteur d’une répression violente, sanglante, elle aussi jamais vue en Europe en démocratie.
Les mains arrachées, les yeux crevés, les crânes fracassés, la dizaine de morts, les milliers d’arrestations arbitraires sans poursuites mettent fin à l’illusion libérale du pouvoir macroniste. En même temps, les révélations tombent sur le népotisme (affaire Benalla) et la corruption (Alstom, cas d’Alexis Kohler) du pouvoir.
Macron ne se remettra jamais de son choix autoritaire.

La crise du COVID a pu donner l’illusion de passer l’éponge – les longues soirées de confinement.

Mais en réalité, les mêmes recettes ont été appliquées en 2010 et en 2020.

L’austérité des conservateurs britanniques a détruit les fondements de la monarchie constitutionnelle, provoqué un rejet de l’union européenne comme bouc émissaire de leurs propres politiques.
Ayant quitté l’UE, le nouveau bouc émissaire, c’est l’étranger, l’immigré, le musulman.
Le Labour de Starmer, portant au coeur le noeud de corruption morale et financière de Mandelson, a continué sur les questions sociales la même politique.
Il échoue bien sûr lamentablement.

Aux États-Unis, le parlement a convoqué le couple Clinton pour déposer sur l’affaire Epstein.
C’était une erreur : Hillary n’a pas eu de relation avec le cercle Epstein, que Bill a pu utiliser (on a pas de preuve) pour abriter peut-être ses infidélités. Mais les deux n’ont eu aucune relation financière ou politique au vu des dossiers publiés, contrairement à l’équipe de Trump (Acosta, Lutnick etc)

Le couple Clinton aurait dû être interrogé sur la responsabilité historique de leur interprétation sociale libérale du progressisme dans la marche du monde, après l’effondrement de l’URSS, vers un cauchemar ultra-capitaliste, où l’impérialisme de toutes les puissances économiques entraîne de force la guerre, et où le mépris de la critique du système économique a réduit l’ampleur des alternatives à des politiques culturelles cosmétiques à la marge des puissances économiques.

Rien de tout cela était inéluctable.

Et la suite n’est pas inéluctable.

Il y a plusieurs chemins devant nous. L’un d’entre eux conduit à l’anéantissement de l’Europe.

Mais un autre peut conduire à un nouveau répit, au profit des peuples et contre la cupidité des Technomilliardaires, à unonde où la paix a une chance.

Pour cela, il va falloir reconnaître que notre héritage intellectuel et politique, en Europe, ce n’est pas ce que les classes puissantes ont pu imposer au monde (colonisation, esclavage, pillage, génocides, pour maintenir les systèmes d’oppression en Europe), mais la résistance intellectuelle et spirituelle, avec l’humanisme universel, et notre propre émancipation de ces classes criminelles.

Nous les avons déjà battus plusieurs fois. Et nous avons construit des instruments qui marchent pour empêcher les tyrannies de revenir.

Nous avons brisé nos chaînes – et c’est l’émancipation des peuples européens des classes nobiliaires, cléricales, grands propriétaires, qui a permis aussi d’engager la décolonisation.

Le compromis pour la paix suppose la subordination de l’économie aux intérêts politiques, démocratiques, et populaires, et non l’inverse.

La seule question, finalement, c’est si ce combat sera victorieux encore de notre vivant, ou si ce combat est d’abord un témoignage pour les générations futures.

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