
Les macronistes défendent la nomination de Madame de Montchalin à la présidence de la Cour des Comptes avec trois arguments principalement, qui tous trois sont catastrophiques pour eux-mêmes.
Le premier argument, c’est personnaliser le débat en mettant au centre « les compétences exceptionnelles et les qualités morales extraordinaires » de madame de Montchalin.
C’est d’abord un bien mauvais service à leur camarade : l’ampleur des louanges vise à entraîner les contradicteurs à s’en prendre à la personne. Ils mettent une énorme cible dans son dos, espérant que la diversion du problème principal permette d’attaquer les critiques en sexisme, en injures publiques.
Mais, et c’est bien là le fond de l’affaire, la personne n’a aucun intérêt dans la critique de la nomination.
On ne reproche pas à madame de Montchalin d’être madame de Montchalin avec toutes ses qualités, et sans doute quelques défauts, car enfin elle reste humaine, mais on rappelle ses fonctions actuelles.
Ce sont ses fonctions, et non sa personne, qui rendent sa nomination incompatible avec les règles élémentaires d’une bonne administration.
Argumenter sur la personne est hors sujet et sans intérêt pour le jugement de la nomination.
Le second argument, contradictoire au premier, c’est de dire que « tous les autres ont toujours fait pareil, et franchement, il y avait des bras cassés dans le lot. D’ailleurs, où étaient les critiques à la nomination de Monsieur Moscovici? »
Pour les mêmes raisons que pour madame de Montchalin, de nombreuses voix, à droite et à gauche (j’en étais), ont critiqué cette nomination, déjà oeuvre du président Macron. Les fonctions exécutives exercées étaient bien trop proches. Le contrôlé devenait le contrôleur. D’ailleurs, la Cour des Comptes n’a jamais évalué la politique engagée avec le CICE.
De plus, se défendre de commettre des turpitudes en soulignant que d’autres en ont commis est une bien drôle de manière de nier en commettre…
C’est bien plutôt là un aveu.
Enfin, le troisième argument, c’est de dire « par la constitution, le président nomme qui il veut, et c’est ce qu’il a fait. Comment osez vous critiquer son pouvoir de nomination, seriez vous des factieux? »
C’est dire en substance : « la qualité de la nomination ne joue aucun rôle. Il nommerait un singe ou une baudruche qu’il serait dans son droit ».
Mais la constitution donne bien un rôle au président, qui est de la protéger. Et le bloc constitutionnel ne contient pas que la lettre pédante des articles. Il contient également les 244 ans de pratique républicaine, depuis le 21 septembre 1792, la déclaration des droits universels humains, les préambules de la constitution, les jurisprudences et les esprits des lois.
La règle de base de la comptabilité – en public comme en privé – c’est que les comptes sont certifiés par des experts étrangers à leur exécution.
Or les macronistes nous disent : « la lettre de la constitution, sans rien d’autre, donne un pouvoir absolu de nomination capricieuse. Le président est comme ce roi, à qui on supprime le trône le 20 septembre 1792, parce qu’il a souvent nommé, justement, « en son bon plaisir ». »
C’est là un bien mauvais service rendu à Emmanuel Macron que de l’identifier à Louis Capet.
C’est également reconnaître que cette nomination est arbitraire, capricieuse, et signe de très mauvaise administration.
Il en reste ceci : sous le second quinquennat, la confiance des français dans les institutions est tombé à un plus bas historique.
C’est même un niveau de défiance record en Europe.
Aucun autre exécutif a réussi à décrédibiliser les institutions plus profondément que ceux nommés par Emmanuel Macron.
Pour en revenir à la constitution : ce constat signifie en pratique que le président a trahi sa fonction et son devoir.
Et les arguments des macronistes pour défendre la nomination de Madame de Montchalin le confirme encore plus sèchement que les critiques à cette nomination.
Jamais, depuis les émeutes révolutionnaires entre 1789 et 1848, la fonction de chef d’État avait connu une méfiance aussi profonde.
C’est la preuve de la trahison de son premier devoir par le président actuel.
Mais ce fait-là ne sera jamais commenté par un macroniste.
Leur propres louanges sonnent cependant comme les chants communistes du défilé d’octobre 1989 à Berlin…