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Le piège mortel des règles de stabilité

Illustration: le patron de l’ICE, la police politique américaine, choisit un code vestimentaire rappelant la Wehrmacht, avant de provoquer avec ses troupes des manifestants exerçant leur droit constitutionnel.

Les règles de stabilité sont dangereuses lorsque le monde est instable.

Je l’ai démontré tant de fois : l’essentiel des règles budgétaires européennes, des doctrines économiques et des règles d’action de nos gouvernants sont conçu pour une sortie en petit bateau sur un lac par beau temps.

Depuis la tempête de la crise financière en 2008, le monde est entré dans une série de déséquilibres profonds, structurels, et croissants.

l’Europe a cru, avec un mercantilisme d’inspiration allemande et une déflation touchant les classes populaires et moyennes, rétablir un équilibre. Il fut prospère aux bourgeoisies.
Il initia le divorce des classes nombreuses avec la démocratie.

Ce mercantilisme n’a pas contribué à équilibrer le monde. Il n’a même pas permis à l’Europe de constituer des réserves suffisantes pour garantir sa souveraineté.

Les alertes furent nombreuses : attentats des extrêmes droites européennes dans les années 2005-2015,
attentats islamistes meurtriers en France et en Europe,
attaque idéologique massive des intégristes religieux de toute obédience contre les valeurs de l’humanisme et l’universalisme,
crise migratoire de 2015 suite aux désastreuses interventions militaires (ou leur absence) entre 2011 et 2013,
crise ukrainienne à partir de 2014,
crise logistique globale de fin 2019 sur fond d’une crise politique majeure en Allemagne en 2018 passée inaperçue en France,
crise pandémique en 2020-21,
crise de l’inflation de l’offre dès fin 2021 renforcée par la guerre d’agression russe en Ukraine en février 2022 et le dynamitage des pipelines de gaz russe North stream par les Services secrets ukrainiens en septembre,
crise économique allemande, s’enfonçant dans la récession pendant douze trimestres consécutifs,
crise politique française à partir de la dissolution irresponsable de Macron en 2024,
elle-même conséquence de sa procrastination face à la crise budgétaire de 2023, plongeant la France dans une profonde crise morale et politique,

Et tout du long, de 2008 à 2026, sans que les COP n’y changent rien, accélération des deux crises environnementales, celle de la disparition de la biomasse, celle du réchauffement climatique.

À ces éléments s’ajoutent la crise de l’alliance atlantique provoquée dès 2018 par Trump dans son premier mandat, et la crispation nationaliste autoritaire du régime chinois dès 2018.

l’Europe a cru pouvoir « restaurer l’ordre ancien ».
Les élites libérales et conservatrices, membre du PPE et du PSE, et les néolibéraux de plus en plus libertariens de Renew, ont agi tout au long de ces années comme les artistocrates français revenant de 25 ans d’exil en 1815, persuadés de pouvoir rétablir l’absolutisme et leurs privilèges.

Le déni du réel a pris des contours de plus en plus absurdes, et de plus en plus autoritaires.

Les progressistes du parti démocrate, issus des courants clintoniens, ont refusé toute doctrine d’action positive entre 2021 et 2024 pour reconquérir les classes populaires tentées par le mouvement neo-autoritaire MAGA.
Les dispositifs directs de soutien au pouvoir d’achat ont été démontés en année électorale !
La tragi-comédie autour de Biden – élu en 2020 avec le score promis à « n’importe quoi sauf Trump » dans les sondages avant son investiture (il n’avait rien gagné de sensible) – et la rupture avec les syndicats n’allaient certainement pas renverser un rapport de force en 2024 – année où l’inflation et la crise du pouvoir d’achat a fait perdre aux élections tous les sortants quel que soit leur couleur politique.

Mais l’Europe, qui est capable de faire les bons constats – « OTAN en mort cérébrale » dit Macron en 2019, « Retard d’investissement de 5 points de PIB pendant dix ans en Europe à rattraper – c’est plus grand que le plan Marshall » rapport Draghi de 2024 – n’en tire aucune action.

En Allemagne, le nouveau chancelier Merz est beaucoup plus pragmatique que l’idéologue sectaire dissimulée en grand mère débonnaire que fut Merkel, pire chancelière de l’histoire de la RFA.

Il lance une relance par l’investissement et la demande à la surprise de ses propres troupes et des européens.

Mais c’est l’Europe qui a besoin de changer massivement de paradigme.

Les règles de stabilité n’ont aucune signification en période de crise et de transformation du monde.

Depuis l’annonce de Trump d’envahir le Groenland, d’annexer le Canada, deux alliés dans l’Otan, il ne s’est rien passé.
l’Europe comprends devoir assurer elle-même sa sécurité et sa souveraineté, mais continue d’acheter selon les mêmes réseaux de corruption les armes aux États-Unis.

En France, l’assemblée nationale est Zombie.

Les débats budgétaires sont hors sols. Les querelles sont infantiles et puériles.
L’annonce de Trump de déclarer des tarifs de douane contre les Etats européens défendant la souveraineté danoise n’entraîne pas de session extraordinaire de l’assemblée.
Le premier ministre, dans son discours d’une médiocrité abyssale sur le compromis budgétaire, croit gérer un tableau Excel dans un exercice théorique « pour revenir à 3% de déficit ».
On parle d’une crise géopolitique majeure, engageant notre indépendance et nos libertés, et lui, il veut pinailler sur 1 milliard par ci, une subvention par là, bricolant un texte surréaliste de déconnexion.

Le Sénat est à l’état suivant de décomposition : sous l’impulsion de Retailleau, c’est une assemblée de Golems.
La marque des intérêts de la grande bourgeoisie française catholique et monarchiste sur le front, le Sénat défend le privilège de Monsieur Larché de se goinfrer sur l’argent public, et sinon, la politique de décadence accélérée, dans la continuité de ce corrompu criminel de Sarkozy.

La médiocrité est abyssale. Non, l’enjeu, monsieur Coquerel, n’est pas de récupérer un papier dans une administration.
Non, madame Le Pen, Trump n’est pas un allié des européens pour les libérer de leurs administrations. Il souhaite nous asservir et nous pressurer pour s’enrichir, lui et sa clique. Vous espérez des miettes en prix de votre collaboration, comme d’habitude.

J’en arrive à la conclusion que la solution européenne ne sera pas politique.
Il faut un mouvement d’opinion profond, et non partisan.
Celui qui affirme une volonté d’indépendance, de liberté et de solidarité.

Quel Vulcain va nous permettre d’utiliser sa forge, mêlant les métaux des peuples européens en un nouvel alliage ?

C’est ça ma seule interrogation.

Sinon, il restera la résistance des désespérés et des causes perdues, pour partir de ce monde dignement, pour laisser le souvenir que d’autres chemins étaient possibles et le redeviendrons.

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