Pendant trois ans, cette place fut le centre névralgique de mon existence.
J’ai rencontré dans un café sur la droite – depuis devenu une pizzeria – une bande d’étudiants qui voulaient manifester. J’étais alors à l’UNEF – ID et Pouria m’envoyait parfois intervenir en amphi.
J’étais nouveau à Paris: en colocation depuis quelques mois avec Gaël dans le vingtième arrondissement, nous nous étions rencontrés en classe préparatoire (hypo et Khâgne) à Bordeaux.
Dans la bande, il y avait Juliette – et ce fut une belle histoire.
A côté du café, il y a à l’angle aujourd’hui un prêt à manger. Autrefois, c’était la librairie des presses universitaires de France où j’ai passé des heures – en alternance avec celles à la librairie Variantes, plus bas vers Saint Michel.
Je n’ai pas passé assez d’heures dans le bâtiment au centre de la place. Et j’ai donc échoué, trois fois, aux concours du CAPES et de l’agrégation d’histoire (et géographie).
Derrière ce bâtiment se trouve le lycée Louis le Grand : j’y étais pion – pardon, « maître de demi-pension ».
J’ai aussi amélioré l’ordinaire en enseignant le jeu d’échecs dans une école de primaire de Boulogne Billancourt.
Quand je suis arrivé, on m’a dit que j’avais l’accent bordelais.
Je n’en avais pas conscience.
Mais je continue parfois à demander une poche pour mes chocolatines.
Le café où officiait Maurice et son épouse avait plusieurs flippers, dont un Family Adams, qui ont mangé bien des pièces de monnaie, gagnées en tentant de donner un peu d’ordre aux foules des prépas se ruant à la cantine de Louis le Grand.
Je me souviens souvent rentrer de la Sorbonne au vingtième arrondissement à pied.
J’ai arpenté Bordeaux toute mon adolescence à grandes enjambées. J’ai continué à mesurer les distances en heures de marche dans la capitale.
L’une de mes promenades favorites passait par la rue de la Roquette, alors pleine de bouquinistes.
Souvent, ayant perdu le sens du temps, je finissais la remontée de Gambetta en bus.
Pour quelques jours, mon bivouac est dans un hôtel près de la Sorbonne.
