Chronique Libre de l’Humanité

Le « martyre inutile » de la gauche allemande

Les chiffres de l’économie allemande au second trimestre ont été catastrophiques : -0,3%.

Lars Klingbeil exige des ministres dans ses lettres de cadrage budgétaire « d’épargner ».

Disclaimer

Je suis toujours, malgré une démission rendue publique il y a 8 ans, suite à une nouvelle grande coalition en 2017, considéré membre officiel du SPD.
Lorsque Olaf Scholz fut battu à la présidence du SPD par un duo issu de l’aile gauche, dont un pionnier de la lutte contre la fraude fiscale, j’avais accepté de ne pas suspendre le virement de ma cotisation.
C’est donc en tant que membre du SPD que je vais m’exprimer sur les lettres de crédit 2026 envoyées par le vice chancelier, ministre des finances, Lars Klingbeil (SPD).

Lars et moi
Ajoutons que j’avais rencontré l’alors jeune député il y a 14 ans en pleine poussée du mouvement populiste « les pirates ».
Ce mouvement, dernier signal d’avertissement populaire avant le basculement des classes ignorées vers l’extrême droite et le rejet de la démocratie libérale, avait suscité plusieurs débats.
Il y en eut un sur leur mode d’organisation horizontale, avec des outils alors novateurs d’écriture en commun.
Lars, considéré membre de l’aile pragmatique, et, de sa jeunesse, numériquement compétent, s’exprimait alors que les Pirates avaient atteint 15% aux élections régionales de Berlin.

J’avais été frappé par sa modernité technologique, mais aussi par son absence de doctrine ou de réflexion profonde sur les conséquences initiées par la crise du crédit immobilier aux États Unis en 2008.

Prises de paroles
À l’époque, j’exposais mon analyse de la crise financière et ses conséquences dans des débats organisés par la députée SPD de Ulm et présidente de l’association « Forum de la Gauche Démocratique 21 » Hilde Mattheis.
J’y théorisais que la posture des dirigeants du centre gauche au « martyre budgétaire » était une figure mythique satisfaisante à la psychologie narcissique, mais à la fois inadaptée à la crise et aux enjeux réels. J’ajoutais qu’à chaque fois, c’est l’extrême droite qui remportait l’affaire, et que nous étions devant ce danger là.


J’ai des preuves écrites de cette prescience.

En 2013, j’animais d’ailleurs la liaison entre le mouvement « Europe contre l’austérité » parti d’Autriche et les ailes gauches d’Allemagne et de France, voir cet article du TAZ qui me cite : https://taz.de/Laenderuebergreifender-Krisen-Protest/!5067321/

Lars au pouvoir
Homme de réseau, il a réussi, après l’énième échec du SPD à gouverner avec un homme de l’aile droite sur un programme électoral inspiré par l’aile gauche, à s’emparer de quasiment tous les leviers du parti.

Olaf Scholz a donné l’impression d’avoir échoué notamment en ne maîtrisant pas la communication de son parti. C’est l’illusion de la « mauvaise communication de nos bons résultats » qui sert encore au SPD d’explication à sa décadence, de 42% en 1998 avec Oskar Lafontaine proposant un programme de relance keynésien adoubé par Gerhard Schröder, à 14% actuellement.

La crise du SPD est bien sur illustration de la crise de la social-démocratie européenne, ainsi que de l’échec massif du progressisme démocrate nord américain.

Lars Klingbeil reste prisonnier de l’illusion du martyre nécessaire de l’homme de gauche pour «rétablir les comptes budgétaires ».

Ses lettres de crédit 2026 ne sont pas à la hauteur du temps présent.
Elles méconnaissent 15 ans d’histoire économique et budgétaire en Europe et dans le monde.

La social-démocratie allemande reste prisonnière d’une doctrine fondée dans les années 1990 et qui échoue partout à protéger la démocratie, la paix, et la prospérité.

Que dit-il ?
Alors que l’Allemagne, sous Merkel, avec le SPD et les libéraux, a cessé les investissements et comprimé la demande – c’est à dire réduit les revenus des allemands pour réduire leur consommation – et a manqué les tournants géopolitiques et technologiques des années 2020 – la relance Bazooka de 2021 étant étouffée par un jugement de la cour suprême à l’initiative de la CDU de Friedrich Merz en 2022, et le modèle économique vulnérable à la guerre russo-ukrainienne n’étant pas adapté ni modernisé – Lars Klingbeil veut couper 10 milliards de plus.

Alors que la conjoncture s’effondre : -0,3%,

Tous les analystes reconnaissent trois points factuels :
1. L’épargne européenne ne trouve pas d’outils d’investissements en Europe et soit est perdue dans des « trappes à liquidités » soit sert au développement de régions économiques hors d’Europe (États Unis, Chine, presqu’île arabique).
2. L’Europe souffre d’un énorme retard d’investissements – le rapport Draghi le chiffre à 5 points de PIB sur 10 ans. C’est la cause du décrochage de productivité entre Europe, Chine et États Unis. C’est un des moteurs de déclin européen.
3. L’incapacité de l’Europe à muscler sa demande intérieure pour absorber les investissements et transformer son économie est également liée à sa désindustrialisation au profit de la Chine, et sa dépendance au libre échange mondial, lui-même grippé depuis fin 2019.

Les transformations économiques s’accompagnent de realignement politique que l’Europe, par inertie, refuse de reconnaître pleinement.

Face à ce déclin, œuvre commune du PPE, de Renew et du PSE – les trois partis européens de gouvernement – l’extrême droite progresse partout en Europe.

Lars Klingbeil devrait, alors que l’AfD est devenu le premier parti d’Allemagne dans les sondages, interroger les doctrines budgétaires précédentes.
Merz, le chancelier CDU, a bien fait voter une modification constitutionnelle pour annuler ce que Merz, chef de l’opposition, avait fait jugé par la cour suprême : le frein à la dette n’est plus constitutionnel.

Mais non.
Déjà, il y a quelques semaines, c’est le SPD qui a refusé que la baisse du coût de l’énergie par subvention publique soit appliquée aux factures des ménages.

Le message devrait être celui d’une reconstruction, d’un mouvement vers l’avenir avec un programme budgétaire ambitieux.

Lars Klingbeil est l’homme du passé, et du déclin, en proclamant, comme Keir Starmer au Royaume Uni, « il faut couper les dépenses ».
Les deux sont alignés avec le catastrophique François Bayrou.

Il est temps de changer de paradigme.

Par exemple comme exposé ici :

Changement de paradigme
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