
Hier, entre deux nouvelles internationales, le président américain a testé une nouvelle fois l’extension sans limites de son pouvoir.
Il a inventé – contre toutes les statistiques et données réelles existantes – l’existence d’une insécurité „jamais vue » dans la capitale américaine de Washington DC.
Bien au contraire, la capitale vit un baisse générale de la criminalité de près de 30%.
Ce prétexte mensonger est utilisé pour ordonner à l’armée d’occuper la capitale.
Il avait également décidé avant hier se s’en prendre „aux sans logis“ de la capitale en prononçant une mesure d’expulsion à leur encontre.
Ce sont, sans conteste, des mesures de tyran.
J’ai critiqué tout au long des dix dernières années la culture de culte des chefs que renforce l’élection présidentielle, notamment lorsque le président dispose de pouvoirs exécutifs sans limites théoriques. J’avais ridiculisé cela sous le nom de « bobinettes », mais l’autocratie contemporaine résiste au ridicule.
C’est le cas aux États Unis, où Trump a mis au pas la justice, corrompant la cour suprême, en s’appuyant sur une peur constante au sein du parti républicain depuis la radicalisation du « Tea Party » et la corruption des institutions par des nominations aux postes clés.
Mais j’avais décrit, de 2017 à ses défaites aux élections législatives de 2022 puis de 2024, la même tentation autoritaire au sein du mouvement créé par Emmanuel Macron. Il a lui aussi eu la tentation, face au mouvement syndical puis aux gilets jaunes, dès 2018. Mais il ne contrôlait pas tout.
Il a depuis la fidélité corrompue du conseil constitutionnel, et placé partout des fidèles.
La défaite législative de 2022 l’a ralenti, celle de 2024 rendu impuissant. On peut y voir une forme de naïveté. Cela le rendra par la suite – il est trop jeune pour être retraité en 2027 – d’autant plus dangereux.
Trump réussit une bascule institutionnelle qu’avant lui d’autres dirigeants politiques, élus avec le soutien de la bourgeoisie libérale centriste, ont réussi sans devoir transformer la nature du régime : Orban, Erdogan, Fico sont des exemples.
La république brésilienne a réussi à survivre à la première tentative de Bolsonaro, et en a tiré les conséquences : le putschiste est traîné devant les tribunaux.
Les démocrates américains, par une pusillanimité qui fait malheureusement consensus au centre gauche bourgeois, n’ont pas osé brisé le mouvement putschiste au moment du mandat Biden. Lula, mis en prison sans raison, est un miraculé de la démocratie. Il démontre cependant qu’il est possible, lorsqu’on utilise les moyens disponibles, de s’opposer à la bascule autoritaire.
Le livre de la prise de pouvoir est connu. Il a été utilisé des dizaines de fois dans le passé. Nul besoin de revenir à l’Allemagne des années 30, les exemples abondent.
C’est en réalité un coup répétant ceux des deux Bonaparte en France (qui ont tous les deux menés notre pays à une occupation militaire, une réduction du territoire, et un surendettement public pour payer les puissances européennes nous ayant vaincu).
Les États Unis aiment se comparer à l’empire romain. Dans ce narratif, les États Unis ont une peur panique de la décadence et la chute.
La République romaine commence son chemin vers la dictature avec en toile de fond la montée de courants populistes, manipulés par des élites très riches, privilégiant le pillage impérialiste – l‘Espagne, la Tunisie – pour résoudre la crise sociale.
L’accumulation des richesses par quelques uns culmine avec des guerres civiles sanglantes, sur fond de soulèvements sociaux.
La guerre „sociale“ vient d’avoir lieu. Les citoyens romains se considérant comme „anciens“ (on dirait „de souche“) refusaient que les citoyens des alliés d‘Italie soient reconnus avec les mêmes droits.
Les partis politiques aristocratiques faisaient peur aux factions populaires en peignant les couleurs d’un „grand remplacement“, les italiens étant plus nombreux que les 35 tribus romaines.
Les troubles éclatent, le camp aristocrate allié aux parties du peuple effrayé par cette „submersion“ tente un putsch sur le forum, qui échoue. Le future dictateur Sylla est même sauvé par celui là même qui s’opposera à lui, le chef du parti démocrate romain, partisan de réformes favorables au peuple, Marius.
Revenu avec une armée, Sylla terrorise les contre pouvoirs, et force le pouvoir exécutif absolu. Il fait tuer ou exiler des centaines de ses opposants. Victorieux, il mène des réformes qui vont fragiliser la république romaine au moment du conflit, 30 ans plus tard, entre les membres du triumvirat Crassus – l’homme le plus riche de la planète en 55 avant notre ère – Pompée et César.
Trump n’est pas un Sylla. C’est plutôt un Bokassa.
Mais le manuel de prise du pouvoir qu’il emploie est ancien. Il mène jamais à une restauration, mais, avec ou sans guerre civile, à la décadence.