Chronique Libre de l’Humanité

Un vrai débat sur les aides aux entreprises

Une invitation à être invité par BFMTV

Hier, j’ai entendu la chef du service économique de BFMTV, Gaëtane Meslin, expliquer que le CICE avait créé « un million d’emplois ».

Exemple de la douzaine de rapports officiels étudiés par l’auteur sur le sujet

Elle avait sur le plateau un député qui n’est pas un exemple de modération et de débat apaisé, mais qui généralement se prépare avant de venir. Il s’agissait de Manuel Bompard, qui lui a redonné les chiffres des rapports officiels de France Stratégie concluant au mieux à 100 000 emplois créés ou maintenus avec ce dispositif, qui a coûté sur les premiers 7 ans entre 60 et 70 milliards d’euros, et continue d’en coûter 40 par an.
Le plateau n’était pas conçu pour un débat éclairant, l’invité et les contradicteurs ayant justement été reçus pour créer du buzz et du clic.

Alors essayons d’éclairer.

J’ai revérifié la littérature socientifique et les rapports officiels.

Et je ne comprends pas comment une cheffe de service économique d’une chaîne de télévision d’information puisse être aussi mal préparée.

Un rapport très clair, remis en mars 2022 et incluant une évaluation du CICE pérennisé en taux d’exemption de cotisations patronales, fait le point.
Et lui aussi constate un effet marginal sur l’emploi et l’investissement.

Le rapport le moins pessimiste quant aux effets du CICE, publié en 2020, constatait cependant également que le montant maximal des emplois maintenus, c’était 150 000.

Tous les rapports constatent que la mesure n’a bénéficié qu’aux entreprises de service, et aux emplois à faible valeur ajoutée, l’exemption de cotisations se concentrant sur les emplois autour du SMIC.

L’industrie n’en a quasiment pas tiré d’avantages, les ouvriers spécialisés étant souvent du fait de la technicité de leurs emplois et de leurs savoir faire particuliers payés bien au delà de l’assiette du CICE.

Un des rapports souligne d’ailleurs que l’absence d’impact du CICE sur l’investissement s’explique notamment sur le choix de subventionner massivement des emplois aux qualifications interchangeables, dans le service.

L’effet d’aubaine est évident pour de nombreux secteurs.

Retenons que le coût du dispositif, 67 milliards dans la version sous Hollande, plus de 40 milliards par an dans le volume des 211 milliards d’aides aux entreprises identifiées par le rapport sénatorial publié en début de ce mois, ne se justifie pas au vue de la minceur des résultats.

Enfin, comme des collègues chefs d’entreprise dans l’industrie ont pu me le confirmer, cette mesure a accéléré la désindustrialisation – les emplois à forte valeur ajoutée étant en comparaison avec les emplois à faible valeur ajoutée bien trop onéreux à maintenir en France.

En fin de compte, 11 ans après le début de sa mise en œuvre concrète, 12 ans après le vote de la loi, déjà inspirée par le conseiller Macron au président Hollande, force est de reconnaître que ce dispositif consiste à se tirer une balle dans le pied.

Il est surprenant que l’excellence de la redaction de BFMTV n’en est pas conscience, et ne réclame pas la révision urgente de ce dispositif.

D’ailleurs, les rapports de Bercy sur la refonte du système des aides aux entreprises s’accumulent depuis 2023. Rien que sur les subventions directes, 88 milliards d’après la Direction générale des finances publiques, un toilettage bienveillant aboutirait à 7 milliards d’économies.
Ces 7 milliards ne sont pas présents dans le projet de budget Bayrou.

Il manque aussi une vraie vision industrielle à long terme.
Justement, le débat sur le CICE et sa pérennisation permettrait, en refondant le système, de dégager des moyens pour financer l’industrie. Cela suppose de flécher, conditionner, mais aussi de se concentrer sur les filières en amont et en aval.
Le Crédit d’impôt recherche, objet également d’une passe d’arme sur le plateau, est considéré réformable par Bercy pour une économie de 500 millions, et un ciblage vers la recherche réelle et l’industrie.

Mais pour cela, la rédaction de BFMTV devrait inviter des interlocuteurs qui ne font pas office de chiffon rouge pour leurs éditorialistes, et qui ne viennent pas comme un gladiateur dans l’arène.

Le sujet est bien trop coûteux pour être réduit à des échanges d’insultes.

Ayons un débat éclairant apaisé.

L’effet d’aubaine ?
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