Le vote de la loi Trump sur l’économie et la fiscalité est un triomphe idéologique pour … Les macronistes.
En effet, Trump pousse au maximum ce que le président Macron et ses alliés, du Modem à Madame Le Pen et monsieur Bardella, veulent faire en France.
Quels critères permettent d’affirmer cela?
L’économie compte.
Le discours du bouc émissaire compte.
Sur ces deux critères, le gouvernement Bayrou, comme les projets annoncés en début de semaine de monsieur Attal, sont en ligne idéologique avec le gouvernement Trump aux États-Unis.
L’alliance électorale est d’ailleurs la même : de l’extrême droite la plus violente, dont madame Carpentier est un exemple, à l’extrême centre, dont madame Braun Pivet est un exemple.
La même coalition électorale souhaite les mêmes effets: enrichir les riches, appauvrir les classes qui dépendent du travail pour vivre, et piller le capital économique, culturel et symbolique de minorités stigmatisées pour arracher quelques gratifications aux classes les plus criminelles de ce que Marx appelait le « prolétariat en guenilles ».
Aux États Unis, la chasse est faite aux américains d’origine sud-américaines. On les appelle les latinos.
On ne les soupçonne pas d’être des intégristes religieux – ils sont chrétiens pour la plupart. On les soupçonne d’être membre de gangs violents.
En France, Bruno Retailleau fait l’amalgame entre les intégristes islamistes, les musulmans de France, et les immigrés.
Madame Macron est la première supportrice de monsieur Retailleau.
Trump a annoncé vouloir expulser des citoyens américains.
C’est le retour de la politique des apatrides que le droit international interdit, suite aux manœuvres du gouvernement allemand, au début de la coalition Centre-droit-extreme droite de janvier 1933.
Valls, encore ministre d’un gouvernement de centre gauche, avait voulu introduire la même logique en faisant de la déchéance de nationalité un symbole politique de sa « fermeté » face aux intégristes terroristes islamistes ayant frappé la France.
Retailleau veut ressortir la mesure. Valls est son collègue au gouvernement.
La loi Trump va transformer profondément l’économie et les structures sociales des États Unis pour les transformer d’un pays où chacun peut réussir sans craindre de crever de faim en une dictature corrompue sud-américaine.
Les forces sociales et populaires fuyant de tels régimes et de telles économies dans leur pays d’origine vont sont confrontés à la « latinisation » des États Unis.
En France, les élites rassemblées autour de l’admiration pour les « Trumponomiques » rêvent également de transformer l’Etat et les structures sociales et culturelles en celles de régimes corrompus, autoritaires, illiberaux.
Le Modem est converti à « l’Horizon » illiberal.
Être universaliste, laic, républicain, et, comme est définie la République dans sa constitution, social et démocrate, est considéré comme dépassé.
On souhaite d’ailleurs un « retour » aux origines « judéo-chrétiennes ».
L’ancien régime royaliste de France a expulsé 14 fois les juifs de France. Les racines catholiques et royalistes françaises, qui ne sont que celles d’une minorité raciste – les nobles et leurs vassaux bourgeois – ont toujours été anti judaïques.
Certains pensent que le peuple français porte le poids d’un colonialisme intériorisé. Il y aurait un poison idéologique répandu dans toutes les classes et les communautés, qu’il faudrait « déconstruire » en détruisant l’universalisme humaniste européen.
Cette réflexion reprend en réalité les concepts et les méthodes rhétoriques des réactionnaires ultra chrétiens et monarchistes combattant la République.
Elle ignore la mémoire populaire de luttes constantes contre les ordres privilégiés de l’ancien régime, dans un système, le féodalisme puis l’absolutisme, préfigurant le colonialisme dans ses structures économiques, symboliques et violentes.
Dit autrement : la première décolonisation, c’est celle engagée en 1789 dans les émeutes ouvrières d’avril puis de juillet à Paris, et continuée radicalement après les glorieuses journées de l’été 1792.
La République française est un outil decolonial.
Mais la réaction comme son opposition mimétique peuvent compter sur leur confisionisme dans un cadre médiatique dévasté.
En France, comme aux États-Unis, de puissants milliardaires réactionnaires ont étouffé toute l’économie de la presse libre et indépendante.
En démantelant les législations issues de l’expérience des années 30, on a reproduit les conditions de progression des extrêmes droite des années 30.
En recréant la notion de « gauche irréconciliable », tant les dirigeants du Centre que de la gauche radicale ont recrée les conditions d’apparition des gouvernements délétères des années 30.
J’utilise depuis 2017 le concept de weimarisation pour décrire l’émiettement progressif des parlements en Europe.
Même la France et son scrutin majoritaire, ses structures conçues pour le bipartisme, voit, depuis 2022, une assemblée nationale émiettée et tripartite.
Au départ, je ne parlais que de l’évolution des parlements. Mais j’en tirai la prédiction d’une alliance inéluctable des centre et des extrêmes droites.
En 2025, 7 gouvernements européens sont des alliances entre Centre et Extrême droite à des degrés divers.
Depuis, le recours au parallèle historique de la première république allemande s’est répandu. Un historien en a fait un best seller en France, surfant sur cet air du temps, mais le débat est aussi arrivé en Allemagne.
Le parti démocrate aux États-Unis porte, comme la social-démocratie européenne, une lourde responsabilité idéologique et politique dans la décadence des démocraties occidentales.
La sous estimation des conséquences économiques des politiques menées et des destructions sociales et culturelles qu’elles engagent est ici en cause, ainsi qu’un esprit boutiquier des cadres administratifs de ces partis, ont empêchés de réagir.
En 2016, l’obsession des élites démocrates pour empêcher le mouvement de Bernie Sanders de créer la digue populaire face au Maga de Trump a facilité la conquête idéologique de ce dernier.
Le Clintonisme progressiste a ici été une catastrophe – dès 1992 – dont l’histoire fera le procès.
Le ralliement de la social-démocratie européenne au progressisme américain – porté par la fondation progressiste du couple présidentiel – est l’œuvre de Tony Blair, Gerhard Schröder, et leurs alliés.
Alors que les deux premiers perdent le pouvoir avant la crise financière, le drame français est d’avoir choisi le dernier social libéral progressiste en 2012 pour en affronter les conséquences.
Il n’avait ni les capacités intellectuelles, le caractère, ou le désir, d’affronter le réel, vivant le monde comme un congrès de son parti.
C’est sur les cendres de cette décadence que naît le macronisme.
Celui-ci a dès son projet de 2017 l’intention de démanteler la sécurité sociale et le système de retraites par repartition, de démanteler l’assurance chômage, privatiser l’assurance maladie.
Ses conceptions sur les réformes institutionnelles sont profondément bonapartistes.
Bonaparte, c’est, en 1799 comme en 1851, la voie de recours des bourgeois propriétaires et des aristocrates technocratiques, pour mettre fin à la démocratie sociale, à l’universalisme humaniste, et relancer la colonisation, esclavagiste ou génocidaire.
Les colonies sont nécessaires pour y déporter des dizaines de milliers d’opposants politiques et sociaux.
Le bonapartisme porte également au coeur de sa vision sociale le racisme, notamment anti noir, et le sexisme. Il reste plus qu’ambigu sur l’antisémitisme.
Enfin, le bonapartisme détruit les corps intermédiaires et les syndicalismes, en proclamant le pouvoir absolu de l’exécutif, le parlement étant dégradé et avili.
Macron a depuis 2017 une pratique bonapartiste du gouvernement.
Le recours au rappel du bonapartisme est plus pertinent, dans le contexte français, que le recours à ce qu’il se passe après janvier 1933 dans la République de Weimar.
L’histoire de la République de 1848 devrait ici nous inspirer.
Mais voilà : tout le monde a oublié ce que ces mots et ces dates veulent dire.
L’autre drame, c’est qu’une bonne partie des gauches radicales européennes ont également oublié ces histoires d’avant 1933.
Certaines sont encore d’ailleurs bloquées sur des concepts et des catégories d’organisation nées en 1922 et 1924 dans le contexte spécifique de l’histoire russe.
Si la social-démocratie européenne a engagé sa décadence avec le Clintonisme progressiste, les forces radicales elles ont complètement déjantées en revivant depuis mai 68 les oppositions des courants leninistes russes, et parfois même chinois.
L’une des surprises d’ailleurs, c’est de voir d’anciens trotskistes et maoïstes à LFI, au PS, chez Macron, et chez Le Pen.
C’est dire combien ces structures conceptuelles sont d’abord des plateformes pourries.
Victor Hugo n’est pas très optimiste en 1855.
Bonaparte a remporté une guerre en Ukraine – lui qui promettait la paix – déclenchée par le massacre de 40 européens en Palestine.
Aux États-Unis, les oppositions entre d’un côté les esclavagistes et les libéraux, de l’autre entre la République nord américaine et le Mexique, laissent déjà entrevoir le risque d’une guerre civile.
En Europe centrale, des millions d’européens sont sur les routes de l’exil. L’écrasement du printemps des peuples est sanglant. La crise sociale du premier capitalisme pousse dans la pauvreté des millions de polonais, allemands, hongrois, Autrichiens, suisses, russes, ukrainiens.
Le système colonial génocidaire britannique en Irlande a tué deux millions de pauvres gens. L’émigration y est également massif.
Une majorité de ces masses en mouvement arrive aux États-Unis.
Il y naît un mouvement politique, les « know nothing » (fiers d’être ignorants) s’opposant à ces immigrants, défendant la supériorité des blancs nés américains et protestants.
La pression démographique de cette émigration, conséquence de l’absolutisme corrompu de l’Europe monarchiste chrétienne, va être fatale aux populations indigènes américaines – ceux que nous appelons Amérindiens.
Plus de 500 000 européens servirons dans la guerre civile américaine. Les officiers exilés de la révolution de 1848 serons officiers de l’armée de l’Union en 1861.
Les officiers des forces absolutistes partis faire fortune choisiront les confédérés esclavagistes.
En juin 1876, lors de la victoire de ceux-ci face à un détachement de l’armée américaine, la bataille du « little Big Horn », un tiers des soldats du 7eme de cavalerie tués avec le colonel Custer sont nés en Europe, la majorité d’entre eux en Allemagne et en Irlande, issus de classes populaires déclassées, recrutés dans les villes d’Amérique de l’est (New York, Boston, Washington etc) suite à la crise économique de 1873.
En 1881, lorsque les ouvriers américains se révoltent un premier mai, la répression pend des dirigeants syndicalistes nés en Allemagne.
Analyser l’histoire doit nous aider à construire les outils de lutte.
Victor Hugo est une inspiration.
Mais la chute du bonapartisme, de l’absolutisme européen, du nazisme, n’ont été possible qu’après des guerres entre Nations sanglantes et des guerres civiles entre classes sociales.
Il y a peu de contre exemple pacifique.
En 1989, deux siècles après la révolution française, le peuple est allemand réussit à se libérer de la dictature communiste, sans guerre civile ni guerre extérieure.
C’est aussi une inspiration.
Sinon, bien sûr, le plus simple, c’est d’empêcher les dictatures de s’installer.
Le parti démocrate, en rejetant le populisme social démocrate de Sanders, a échoué dans cette entreprise face au trumpisme.
Mais nous avons encore une étroite fenêtre de tir en France et en Allemagne pour être plus intelligent que les démocrates.

