
En 2013, Bernard Cazeneuve défendait contre Jérôme Guedj le principe de ne pas contrôler ni conditionner la baisse des impôts des entreprises et des impôts des revenus de leurs propriétaires, baisse financée par la hausse de la TVA, c’est à dire par les revenus des travailleurs.
A l’époque, le gouvernement prévoyait 90 000 emplois créés « en moyenne annuelle », une hausse de l’investissement, et grâce à cela, même un regain de pouvoir d’achat …
Aucune évaluation n’a pu chiffré de conséquences positives de la politique menée en emplois créés ou maintenus, ni trouvé de liens avec l’investissement des entreprises.
Dans les années 2015-2018, les partisans de Valls et Hollande prétendaient que ce genre de politique étant « de long terme » il fallait laisser du temps au temps.
Macron était l’un des inspirateurs du CICE. Hollande en avait rendu la mise en place plus complexe que le dispositif imaginé par le jeune conseiller. Macron le simplifia et le pérennise en 2018, sans toutefois la moindre mesure d’impact le justifiant.
Les adeptes du hollandisme, ralliés à Macron ou encore au PS, expliquaient toujours l’urgence d’attendre avant de tirer un bilan.
La crise du COVID, celle de la guerre d’agression russe en Ukraine déclenchant une crise inflationniste de l’offre, balayait les « appels à attendre ».
L’histoire n’attend pas.
La crise de 2008 avait déjà révélé que les théories de gouvernement par beau temps ne valent rien.
Celles de 2020-24 ont approfondi cette réalité : on gouverne dans le temps présent, et les mesures « à long terme » sont des leurres.
Les études les plus sérieuses – et neutres – sur l’impact du dispositif du CICE c’est un coût depuis 2013 de près de 240 milliards cumulés en abandon de recettes.
En 11 ans, ce n’est pas 1 million d’emplois que cela a permis, mais au mieux 40 000 – 4 000 en moyenne annuelle, c’est-à-dire un chiffre négligeable et marginal.
L’investissement sur la période a … baissé.
Le pouvoir d’achat des Français salariés des classes moyennes et populaires et des inactifs venus du monde du travail ont tendanciellement stagné au niveau de …2010.
D’après un rapport d’un ancien ministre de Macron repris par la presse, les revenus du travail stagnent au niveau de … 1998.
Le congrès du parti socialiste qui vient de s’achever n’a pas parlé d’économie, de travail, de revenu, de fiscalité.
C’est sans doute aussi là le symptôme de l’effet massif de la gouvernance de ce parti et de sa relation au gouvernement entre 2012 et 2017.
Il n’y avait aucun lien.
Le parti ne servait à rien.
Les doctrines économiques et sociales appliquées n’étaient pas celles votées et discutées au sein du parti.
Le travail intellectuel n’y servait à rien.
Pire : ceux qui travaillaient étaient punis.
Comment s’étonner dès lors de sa pauvreté intellectuelle aujourd’hui ?
L’ombre du hollandisme est au parti socialiste ce que l’ombre du stalinisme est au communiste.
Les deux partis auraient intérêt, sociologiquement et intellectuellement, à reconnaître la mort de leurs identités propres pour lancer avec d’autre organisations un processus – discursif, pas de choix de personnes – pour transformer profondément la représentation politique de la démocratie solidaire, celle du rêve de la « République Sociale ».
Mais les cadres ont intérêt à faire vivre ces coquilles vides.
Pendant ce temps, les insoumis, tout à leur stratégie de bobinette écrasant tout le reste, ce boulangisme de gauche démagogique, offrent à des milliers de militants sincères des cadres d’action et de communion militantes. Ils n’ont pas « besoin » des autres, le but n’étant pas de vaincre les droites.
Pourtant, les agendas politiques des droites et des centres échouent tant en économie, en politique budgétaire, en diplomatie, en sécurité physique et morale.
L’alliance des partisans socialistes du CICE et des partisans sarkozistes des politiques de réduction des dépenses publiques sous l’égide de Bayrou en 2017 – produisant Macron- est un échec pour la France.
L’extrême droite pourtant s’est ralliée à l’essentiel des propositions économiques et budgétaires de ces gouvernements, qui eux même se sont ralliés à ses thèses sur la sécurité, l’éducation, l’immigration.
Bayrou ne tient que par la tolérance du RN et la complaisance d’un PS sans doctrine.
C’est cela, finalement, le bilan politique du « tournant de l’offre » de l’été 2012.
Je plaide pour un « tournant de la demande ».