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La Nation française peut tout sauver

La théorie de l’exécutif absolu est au coeur de la pratique du pouvoir d »Emmanuel Macron.
Tout son premier quinquennat comme lors du conflit sur la réforme des retraites au début du second, les partisans du président français ont mis en avant la légitimité de son élection au suffrage universel pour justifier un gouvernement par ordonnances, par décret, par 49.3, sans recherche de compromis avec les corps intermédiaires.
Pour s’assurer la loyauté de l’appareil administratif, il a à la fois supprimé de nombreux garde-fous construits pendant des siècles de république, et abîmé l’expertise professionnelle en supprimant les « corps d’état ».
Sa politique budgétaire de l’offre favorise les très grandes fortunes et appauvrit l’état, en le privant de ressources.
Le calcul final, c’est que les très riches investissent dans le pays, accélérant la croissance privée au dessus du taux de croissance – stable et prévisible – des dépenses publiques. L’idée, c’est que ce boost de croissance réduise le ratio des dépenses publiques par rapport au PIB et augmente les recettes fiscales des impôts indirects.
Sa politique sociale anti syndicats vise à liquider l’acquis de la quatrième République – pourtant confirmé par le gaullisme : la sécurité sociale et la retraite par répartition.

J’ai critiqué dans des centaines de pages, avec sources, graphiques, rapports officiels, à la fois cette politique et ses échecs.

Il n’y a pas de différence de nature entre cette théorie de l’efficacité de l’exécutif primant sur le compromis de la démocratie parlementaire, et la théorie de « l’exécutif unitaire » professé par Trump, Vance et Musk.

La différence est de degré, de radicalité, et non de nature.

L’autre différence, c’est que les neofascistes américains gouvernent le pays émettant la monnaie de référence, ayant accès au contrôle des changes, à l’arme tarifaire, et à l’extra-territorialité de sa justice.
« Neofascistes ? » Le meilleur chercheur sur le fascisme des Etats Unis, le professeur Stanley, vient de raconter au Spiegel que ses collègues reconnaissent depuis quelques semaines le concept comme pertinent pour décrire la « mise au pas » en cours.
Si l’on veut être précis, le rôle éminent de l’église chrétienne, et notamment toutes les chapelles évangéliques et messianiques, dans le MAGA, rappelle plutôt le franquisme.

Macron n’est pas fasciste.
Il est une version bonapartiste du libéralisme économique réactionnaire sur les libertés civiles et sociales.
Mais là différence n’est pas de nature, elle est de degré.

C’est pourquoi les 8 ans de Macron président, 11 ans membre de l’exécutif, ont profondément affaibli la République française face à la tentation fasciste que représente le Rassemblement National.

Les deux pouvoirs ont une autre caractéristique en commun : la corruption, endémique et éclatante.
La France est tombée sur ce sujet en queue de peloton de l’Europe.
Musk se comporte comme une tornade corruptrice, remplaçant partout les systèmes en place par les produits de ses entreprises, sans appel d’offre ni mise en concurrence, et licenciant les administrations en charge du contrôle des activités de ses entreprises.

Une troisième caractéristique, c’est la dégradation incroyable du débat public avec la concentration des médias et des réseaux sociaux toxiques.
La France est l’un des pires pays européens en termes d’offre journalistique. C’est une honte.
Vivant dans plusieurs pays européens, je fais le constat tous les jours

Beaucoup refusent de voir cette similitude.

Je n’ai jamais voté Macron.

J’ai expliqué dès avril 2017 que l’analyse de son « projet » le rapprochait de pouvoirs autoritaires antisociaux, et de sa « méthode », des exécutifs absolutistes. J’avais déjà noté sa proximité avec le trumpisme sur la méthode annoncée.

C’est le marchepied de l’extrême droite.

Marine Le Pen a fraudé électoralement en organisant un système illégal de financement de son parti à une époque où celui-ci menaçait de faire faillite.
L’argent russe et la fraude électorale l’ont sauvé.
Elle va recevoir un jugement aujourd’hui.
Je ne serais pas choqué de son inéligibilité.

Mais le RN n’en disparaîtra pas. Bardella prendra le relais.

Le RN serait entre 40 et 42% des intentions de vote.
C’est le bilan Macron. Il a dégoûté tout le monde de la démocratie sociale.
En endossant le costume du démocrate face au fascisme, il a abusé les castors du front républicain sans condition préalable.
Une fois élu, il a trahi systématiquement la moitié des électeurs de second tour.
Même confronté à deux reprises au rejet des français de son programme – aux législatives de 2022 et celles de 2024 – il a refusé d’en tirer les conséquences démocratiques.

Se faisant, il a choisi sa succession et sa seule alternance sérieuse : le RN.
Irresponsable.

Macron rêve d’un troisième mandat. Un sénateur de ses alliés a posé l’hypothèse dès 2018. L’actuel président du conseil constitutionnel était favorable.
Trump aussi.

La « confrontation » du macronisme et du lepenisme, du macronisme et du trumpisme, est un trompe l’oeil.

Alors bien sûr, Macron s’oppose à Trump sur la question ukrainienne, sur la question commerciale, sur des détails.
Le Pen promet un alignement à la fois sur la Russie et Trump.
C’est finalement le seul clivage.
Même sur la question migratoire, ils sont d’accord, comme le démontrent Darmanin et Retailleau.

La gauche doit non pas arbitrer des questions de personnes ou d’appareils, mais d’abord sa doctrine.

Et la première question, c’est quelle est notre propre interprétation de la Nation française.

J’ai là aussi écrit des centaines de pages sur ce sujet.

Ma synthèse : l’histoire de notre Nation est celle d’une émancipation, par la raison et la science, des puissances corrompues qui l’ont opprimées des siècles durant, et qui, pour maintenir leur domination, ont colonisé le monde.
La colonisation n’est pas l’oeuvre de la Nation française, c’est le crime de ses adversaires de toujours.
A chaque fois que les français ont pris les choses en main, en six révolutions, incluant celle de l’été 1944, ils ont choisi l’émancipation de la Nation et de tous les peuples.

C’est cela, notre Nation, et notre mission dans l’humanité.

Nos ennemis sont puissants, riches, corrompus, amoraux.

Ils sont toujours les mêmes depuis des siècles.
Le sabre, et le goupillon.

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