Chronique Libre de l’Humanité

Changement de paradigme

Je lisais encore les folies de la lobbyiste Verdier Molinié et son alliée politique, l’élue régionale Morançais.
Elles représentent le pire du poids cognitif de l’histoire récente empêchant de comprendre le monde contemporain. Elles réfléchissent comme si nous étions en 2015.

C’est ce poids cognitif qui a aussi bloqué la réflexion des progressistes à gauche – ceux qui ont adopté l’agenda Clintonien dans les années 90 et qui ont donné en Europe Blair, Schröder, Hollande.
Ils croient être toujours en 1996.

De profonds changements ont eu lieu.
Il faut en tirer les conséquences.

l’Allemagne entre en crise économique dès 2019. La crise politique avait précédée la crise économique en débutant en septembre 2017. Le pays était resté sans gouvernement pendant six mois. La coalition difficile mise en place était perturbée par une guerre terrible interne à la droite aboutissant à la perte de pouvoir d’Angela Merkel fin 2018.
Le COVID a camouflé cette crise. Elle n’a pas permis de réfléchir aux causes de ces deux crises, ni d’y répondre.

Rappelons qu’entre 2012 et 2013, l’Europe avait décrochee du reste du monde en s’appliquant les recettes de l’Ifrap et de madame Merkel: baisser les dépenses publiques, les salaires et les protections sociales, conduisant à une récession européenne.
La guerre commerciale engagée par les pays de l’Opep contre le gaz de schiste américain et les énergies renouvelables entre 2014 et 2016 avait fait s’effondrer les prix du gaz et du pétrole, contribuant à moitié à la reprise européenne.
l’Allemagne profitait d’une position extérieure nette extrêmement favorable mais refusait d’employer ses excédents en investissement par peur d’une reprise de sa demande intérieure, d’une hausse des salaires et d’une reprise de l’inflation. Elle préférait imposer à toute l’Europe une politique absurde d’appauvrissement.
Sans surprise, dès 2012 les extrêmes droites gagnent du terrain en Europe. L’AfD est créé en 2013. La Grande Bretagne voit l’Ukip imposer ses thèses aux conservateurs, qui déclenchent le référendum de 2016 pour sortir de l’UE.
Fin 2016, face à la crise économique frappant l’industrie et le secteur de l’énergie aux Etats Unis, les classes ouvrières blanches votent Trump une première fois.
L’extrême droite européenne commets de nombreux attentats meurtriers (NSU, Breivik, Munich 2016, Hanau, Halle, etc)
l’Europe est aussi le champ de bataille secondaire de l’islamisme radical, bien décidé à faire tomber la citadelle idéologique de l’universalisme rationaliste.

Dès 2018, la globalisation se grippe.
Les pénuries de matières premières et de composants se multiplient, les chaînes logistiques se rouillent.
La croissance européenne était fondée sur l’abondance d’un approvisionnement pas cher tant en énergie qu’en matière première, un maintien à des niveaux bas de sa demande intérieure pour maîtriser ses coûts, un haut niveau d’excédents commerciaux avec la Chine, les Etats Unis, l’Asie.
l’Allemagne avait un besoin vital des arrières pays turcs, russes, chinois, asiatiques, pour garantir ses exportations, et un maintien d’un tiers de sa population hors du partage de la croissance pour rester en déflation.

Les tensions géopolitiques augmentent tout au long de la période : en choisissant, tant dans l’agenda néolibéral des droites européennes que dans l’agenda progressiste social libéral des social-démocrates, de privilégier le mercantilisme, les européens ont contribué à affaiblir le système de sécurité international construit après 1945.
Peu à peu, les accords bilatéraux de libre échange et le désinvestissement de l’ONU ont ouvert la voie au retour des échanges internationaux brutaux, fondés sur la violence des rapports de force.

Pour le capitalisme allemand, longtemps hypnotisé par sa propre réussite, le COVID va être une première réalisation : en Chine, le gouvernement communiste prends le contrôle réel des usines allemandes.
C’est un traumatisme.
Par ailleurs, la stratégie de puissance nationaliste du parti communiste chinois implique une autonomie technologique et industrielle affectant directement les marchés de l’industrie allemande.

La guerre d’agression russe en Ukraine, expression la plus manifeste de l’échec de la promesse de « la paix par le commerce », entraîne une crise inflationniste dûe aux prix de l’énergie et à un effet d’aubaine spéculatif des entreprises de la consommation de masse.
Pourtant les élites monétaires et politiques européennes vont traiter cette crise comme s’il s’agissait d’une surchauffe de la demande.
Après 10 ans de politique déflationniste affectant les salaires des classes populaires, comment pouvait on penser faire face à une crise de surchauffe ?
Hausse des taux d’intérêts, baisses massives du pouvoir d’achat, réduction des investissements publics : tout a été fait pour replonger l’Europe dans la récession au moment même où nous avons besoin d’investissements publics et privés massifs pour transformer notre économie, assurer notre sécurité, défendre notre liberté et notre souveraineté.

Trump élu en 2024 applique un agenda profondément radicalisé par rapport à 2016. L’enjeu est clair : il s’agit de renforcer la puissance américaine en transformant l’économie d’une économie ouverte et globalisée en une économie nationale.
Au passage, Trump est prêt à partager l’Europe avec la Russie pour être assurer de la stabilité du flanc atlantique, et se concentrer sur le flanc pacifique.
Israël a le mandat pour mettre fin par tous les moyens aux causes de crises au Levant et au proche Orient, quitte à sacrifier tous les palestiniens.
Trump ne veut pas de troupes sur l’Euphrate, il veut pouvoir jouer des muscles dans la seule confrontation qui est inéluctable : avec le nationalisme communiste chinois.

l’Europe ne peut plus compter sur le libre échange, la globalisation, et une économie tournée vers l’exportation.
Elle ne peut plus compter sur l’Otan – c’était déjà le cas en 2019 – ni sur les règles du droit international pour assurer sa sécurité.
Elle ne peut plus non plus continuer ses politiques déflationnistes au profit d’une petite minorité riche et heureuse.

La transformation nécessite de recréer les moteurs de la demande en Europe.

Il ne s’agit pas d’être compétitif à l’international, mais de répondre à nos propres urgences.

Les libertaires et les libéraux sont incapables de penser ce changement de paradigme. Les extrêmes droites elles sont des proxies de puissances étrangères, et n’ont pas en tête l’intérêt des européens, seulement celui de remplacer comme classe dominante les actuelles. Elles sont utiles aux très riches milliardaires européens qui les soutiennent tous.

Reconstruire nos moteurs de la demande passe par la mobilisation de l’épargne par l’emprunt public et l’impôt, de relancer la consommation par la hausse des salaires, de favoriser la production européenne pour la consommation européenne.
Pour l’Europe ? Parce que l’ensemble géopolitique qui doit organiser sa défense est pris entre marteau et enclume. Comme le métal ainsi battu, la solidité interne va se renforcer.

Mais il n’y aura rien de tout cela sous agenda libertarien, libéral capitaliste, ou progressiste.

Il faut revenir aux doctrines de la reconstruction des années 1945-55: le Socialisme keynésien, appliqué au monde des nouvelles technologies, de l’intelligence artificielle, dans un jeu géopolitique multipolaire où la guerre est redevenu un instrument diplomatique usuel.

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