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La fin de vie

Un débat s’est ouvert de nouveau suite à un témoignage d’un ancien journaliste sportif, luttant contre la maladie de Charcot, réclamant que l’assemblée nationale reprenne au plus vite le vote de la loi sur la fin de vie.

L’injonction émotionnelle à l’unanimité sur la question efface sans doute des réticences venues de plusieurs côtés.

La question posée est à la fois nécessaire et insoluble.

Hier, une amie travailleuse sociale m’a raconté comment elle est intervenue pour aider une adolescente à ne pas se suicider, à s’engager dans un chemin thérapeutique pour sortir des pensées désespérées et suicidaires nées dans un contexte familial en crise.

je connais des personnes aimant tellement la vie qu’elles espèrent partir dans leur sommeil ou devenus démentes : sans s’en rendre compte.

La mort philosophique, choix libre ou au contraire contrainte du poids de la société ?

Socrate ne se suicide pas en réalité, mais exécute lui-même la sentence de mort prononcée par la justice athenienne contre son corps et sa pensée, jugée sacrilège. Depuis, on débats toujours aujourd’hui du droit de sacrilège et de la mort de Socrate.

Ce « choix » – l’exécution ou le suicide – sera un classique d’ailleurs des régimes autoritaires européens dans les purges de régime.

A Rome il était considéré de bon ton de se suicider face à un échec social, politique, militaire ou économique. On retrouvera cette idée dans la morale des barons capitalistes se jetant par la fenêtre les soirs de crash boursiers.

La « morale » sociale est donc très contradictoire dans ses injonctions.

Alors que la bible comme l’histoire d’Israël antique comptent des suicides héroïques, comme les défenseurs de Masada se suicidant plutôt que de se rendre aux Romains, le christianisme a condamné le suicide au nom d’une morale « progressiste » par rapport aux injonctions morales issues de l’ordre romain païen. Il n’en reste pas moins que le suicide féminin comme expiation d’un crime masculin – le viol – restera encore moralement « honorable » – au désespoir de nombreux prêtres combattant dans leurs paroisses les tentations suicidaires de leurs ouailles, à l’époque où la religion et son église étaient le seul guichet social des sociétés.


Si notre mort est autant un fait social qu’un destin individuel, l’interprétation qu’en fait la société est culturelle et toujours dans un contexte temporel.
On ne résoudra pas l’interprétation sociale par une loi.

La loi encadre si j’ai bien compris non le droit au suicide individuel, mais bien le droit des aidants et accompagnants autour de l’acte de suicide.

Puis-je aider quelqu’un à mourir ou au contraire dois-je l’aider à décider de vivre ?
La question est insoluble en ces termes.
Est-elle juridique ?

Charles Bietry peut décider de mourir.
La question c’est si il n’est pas capable d’exercer sa décision de manière digne qui pourra l’aider sans être condamné pour homicide.
Et donc, où commence l’homicide.


La question n’est donc pas ce que souhaite Charles Bietry, mais comment son choix affecte les accompagnants.
Gilles Deleuze confronté à ce problème anticipe en se jetant par la fenêtre.
Je ne vais certainement pas traiter Bietry de lâche, déléguant la conséquence de son choix de vivre jusqu’au bout où il n’est plus capable de mourir de lui-même a ses accompagnants, et réclamant une loi les protégeant, ni Deleuze, qui aurait peut-être pu travailler quelques mois aux manuscrits inachevés qu’il détruit avant de se defenestrer. Tout du moins n’implique t-il aucun accompagnant. Il prends soin de ses accompagnants en leur retirant la gestion des oeuvres inachevées et leur retirant la responsabilité de sa mort volontaire.
Donc l’injonction émotionnelle en effet n’a rien à faire dans le débat.

Mais la question au fond – où commence l’homicide – reste posée en tout temps à toute société. Il est sain d’en débattre régulièrement, les principes des préambules de notre constitution en lumière de guidage.

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