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L’oracle

Entre 2010 et 2012, j’écrivais sur un forum interne au Parti Socialiste en substance la prophétie suivante:

« Si nous réussissons l’alternance en 2012, notre responsabilité sera historique. Nous n’aurons pas le droit d’échouer ou de décevoir notre électorat. Il nous faudra beaucoup d’audace, de courage pour affronter les forces de l’argent, pour réorienter l’Europe, pour briser le couvercle des droites austeritaires. 

Si nous échouons, alors il n’y aura plus de rempart à l’extrême-droite et c’est l’Union Européenne elle-même qui sera menacée. Et toute la gauche sera balayée. » 

Les élections de 2025 en Allemagne vont démontrer que le raisonnement était valable également pour la gauche allemande.

Les élections américaines de 2024 ont définitivement prouvé, après la leçon de 2016, que c’était valable aux États Unis.

Le réformisme progressiste a échoué. C’est un constat.

Maintenant, il faut penser comment sortir de la crise. Or, peu de gens y réfléchissent.

Il existe des boîtes à outils, des méthodes, des mesures, que les uns et les autres présentent comme des pansements des blessures du monde.

Cela ne suffit pas : on ne résous jamais un problème avec un outil. L’outil est la conséquence de la solution que l’on choisit.

Je crois à une méthode, celle d’une réconciliation. Elle aura pour cadre la Nation. Elle nécessitera que des classes reconnaissent leur responsabilité et demandent pardon. Elle mettra au préalable également une réflexion morale, philosophique, sur la nature humaine et ce que nous partageons, plutôt que sur ce qui nous sépare.

Que partageons nous ?

D’abord, notre condition biologique, êtres vivants. Puis, notre condition humaine, conscients de notre mortalité individuelle, mais aussi de notre communauté. Ensemble, nous survivons au destin des individus.

C’est bien pour cela que ce qui nous rassemble, c’est d’abord le partage au coin du feu, le banquet, les rites de la naissance et du deuil, ceux de cuisiner er de manger, ceux de se guérir, physiquement et spirituellement.

Nous sommes réunis par l’utilisation du language.

Nous sommes réunis par les croyances communes.

Enfin, nous partageons le souvenir de ce que nos ancêtres ont vécu. Ce sont les millions de fils des histoires familiales reliées aux grandes étapes des histoires nationales.

Réconcilier c’est reconnaître ce qui nous sépare.

Une montagne, un fleuve, un océan séparent bien sûr.

Dans l’espace géographique où se constituent des nations conscientes d’elles mêmes, ce qui séparent les concitoyens c’est d’abord la position économique. L’individualisme est d’abord une réduction de notre humanité à notre utilité productive.

Réconcilier suppose dès lors de dépasser notre “homo economics”.

C’est là où les morales et les philosophies nous aident à en comprendre l’extrême rudesse. Dans les théories individualistes, l’homme est de nature mauvais, égoïste, narcisse, soucieux d’un avantage personnel à court terme. La plupart des théorises économiques dominantes sont construites sur une conception misanthrope, pessimiste, de la nature humaine. La première cheffe d’Etat engageant la “révolution néolibérale”, Margareth Thatcher, professait que “la société n’existe pas”.

Les théories libertariennes des néocapitalistes proclament la supériorité de l’individu puissant, la personne ayant réussie par l’héritage, le crime, ou le talent, à s’élever par la fortune au dessus des autres a le droit d’imposer toute sa liberté individuelle à tous les autres, destinés à le servir.

L’instrument de la construction d’une maison commune, l’Etat, doit disparaître. Des monopoles privés le remplacerons. La loi doit aussi cesser d’être la même pour tous.

Le libertarianisme rétablit ainsi les structures sociales des anciens régimes, monarchistes, d’avant la révolution industrielle. C’est pourquoi la foi, la religion, les églises retrouvent un rôle prééminent pour encadrer les masses. Mais ces églises doivent elles même restées éclatées, subordonnées au pouvoir des plus riches individus de la planète.

Tant le christianisme originel que le socialisme professent une philosophie collective de la réconciliation.

Tout le travail des Lumières fut aussi de souligner la bonté de la nature humaine. Nous sommes des êtres naturellement solidaires, empathiques, paisibles, et soucieux autant du bien commun que du bien privé. Nous aimons faire société. Nous choisissons de partager. Nous aimons célébrer ensemble, plutôt que de mourir seuls.

La réconciliation des nos Nations pour s’élever au dessus des égoïsmes des unités de production est une belle mission.

Il est fini, le temps de dire “j’avais raison, je vous avais prévenu”.

Il est temps de dire “je vous écoute, dites moi comment nous retrouver.”

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