Chronique Libre de l’Humanité

Réaction et Révolution

Défendre la liberté et la République

Bruno Retailleau mélange allègrement plusieurs notions dans son entretien choquant du weekend.
D’abord, c’est à dessein qu’il choque : il s’installe ainsi comme le vrai vice-premier ministre.
Ensuite, ses mélanges ont des origines idéologiques : on retrouve dans son propos à la fois du Joseph de Maistre, du Barrés, et du Chateaubriand.


Les trois penseurs et théoriciens ultra réactionnaires construisaient ainsi toute leur architecture sur un héritage judéo-chrétien – plus précisément judéo-catholique, le protestantisme étant assimilé au parti de l’étranger allemand ou anglais – et une conception de l’état de droit non intangible.
L’idée qu’une providence avait désigné le peuple français – réduit aux catholiques, et en politique, aux catholiques propriétaires de capital – s’accordait d’ailleurs avec les théories contemporaines de l’économiste Jean Baptiste Say, inventeur de la « loi de l’offre » l’année de la naissance de … Karl Marx.
Comme quoi les théories de la droite et du centre libéral moderne sont plus archaïques que les théories tirées de la pensée critique du philosophe allemand.

Chateaubriand est un très grand écrivain. Ce fut aussi un homme politique engagé, ministre des affaires étrangères du roi le plus réactionnaire de l’histoire, Charles X.
A ce titre, Chateaubriand déclenche une guerre en Espagne pour empêcher le peuple catalan de se doter d’une monarchie constitutionnelle. L’état de droit devait procéder du pouvoir absolu du roi et de l’église.
Le grand écrivain est aussi un parfait hypocrite : en 1824, alors qu’il plaide pour le maintien de la traite des esclaves contre les britanniques qui souhaitent l’interdire, il reçoit – et accepte – en cadeau un enfant esclave africain. Il l’abandonnera une douzaine d’années plus tard à un établissement catholique du Vatican où l’adolescent meurt rapidement de pneumonie.

Chateaubriand a, comme Bruno Retailleau, lutté incessamment pour réhabiliter la révolte vendéenne, un mouvement de sécession ultra religieux allié aux ennemis de la France et des français, bien décidé d’ailleurs si vainqueur à exterminer les vaincus.

Les morts ouvriers de la commune de Paris


Les Républicains de l’époque, après avoir découvert les charniers de leurs camarades torturés puis exécutés, serons également implacables.
Mais il n’y eut pas de volonté génocidaire, ni de plan d’extermination.
Le mythe Vendéen sert depuis 1815 les réactionnaires pour priver de légitimité la République.

Le massacre des républicains de Vendée par les royalistes


Dès lors, il est logique que Bruno Retailleau ne connaisse ni les origines ni les propriétés de l’état de droit.
Il considère que celui-ci est une forme flexible au gré des caprices politiques du moment.
« L’Etat, c’est moi » disait le monarque absolu, pour priver de pouvoir tout le régime des assemblées, élues ou nommées, qui disaient le droit et discutaient de l’impôt dans l’ancien régime avant l’absolutisme. L’exécutif absolu déteste les corps intermédiaires.

Les versaillais s’amusant du cadavre d’un ouvrier


D’après Tocqueville, la grande référence libérale que les libéraux aiment opposer à la pensée socialiste française, c’est cet absolutisme de l’exécutif, mêlé à la concentration des pouvoirs par la haute fonction publique versaillaise et parisienne, qui est l’une des causes de la Révolution.


Une autre cause, c’est la différenciation accélérée en classes, privées par cette concentration, par la disparition des corps intermédiaires du moyen âge, des lieux de formation de consensus.

Le thème de l’exploitation populaire par les classes monarchistes est très répandu à la fin du XVIIIEME

Les classes, populaires et travailleuses d’un côté, bourgeoises et petit clergé de l’autre, aristocrates et grand clergé en troisième, entrent en guerre les unes avec les autres, et c’est l’un des chapitres les moins cités de Tocqueville qui le mets en évidence.

La promesse de la République


C’est qu’il voit dans ces deux évolutions deux particularismes expliquant que la révolution américaine ne fut que locale, lorsque la française toucha à l’universel.

Bruno Retailleau est donc une synthèse classique de la pensée réactionnaire catholique et monarchiste. En tant que tel, la méthode de la lutte contre ses idées est connue : cela fait plus de 200 ans que nous les combattons.

Le peuple combattant les idées de Retailleau il y a 195 ans

L’une de ses grandes fautes morale impardonnable cependant, c’est que Bruno Retailleau parle comme si la première moitié du XXeme siècle n’avait jamais existé.
Il reprend les catégories racisantes du fascisme des années 1920, le mot « français de papier » comme la mise en accusation des français ayant une origine migratoire, rappelant la rhétorique de l’action française, des antisémites français, comme celle du nazisme allemand et sa définition restrictive du « peuple ».

Le député Baudin avant de mourir face au putsch de Louis Napoléon Bonaparte


Marine Le Pen, dont le procès s’ouvre cette semaine pour un gigantesque détournement d’argent public ayant à la fois enrichi son parti et de nombreux individus profitant de l’aubaine, peut donc se réjouir des propos tenus.
Le ministre de l’intérieur de la république française sanctifie les thèses réactionnaires que porte le RN depuis la création du FN par des survivants des mouvements d’extrême droite des années 1930.

La loi de l’offre est ici indispensable à l’ensemble de la construction intellectuelle. Il est faux de penser que pensée matérielle et spirituelle sont déconnectées.
Sans les théories d’harmonie naturelle et invisible de l’économie, de providence quasi divine garantissant l’allocation optimale des ressources, et sanctifiant par le succès ou l’échec les vertus des individus, les théories politiques de l’état, de la source de la légitimité, de flexibilité de la loi selon les circonstances décidées par les puissants, il n’y a pas de système possible.


C’est d’ailleurs pourquoi les catholiques protectionnistes, favorables à un cadre juridique intangible, à la sécurité de ce cadre, à la garantie juridique des libertés, ont pu s’allier avec les républicains, qui toujours ont aussi réclamé des politiques sociales et de solidarité nationale, et s’écarter des réactionnaires les plus extrêmes et libre échangistes.

En 1786, Louis XVI suit les avis des néolibéraux de l’époque, et conclut un accord de libre-échange avec le Royaume Uni, censé relancer la demande intérieure et l’économie après la coûteuse guerre d’indépendance américaine.
C’est l’inverse qui se produit : le Royaume Uni a déjà engagé son machinisme industriel, détruisant les solidarités ouvrières et paysannes, poussant des millions d’anglais dans la pauvreté et l’exode urbain. Ces avantages compétitifs permettent d’inonder le marché français de biens britanniques.


La fabrique de la Montgolfière, bien qu’ayant prouvé son expertise technologique et sa capacité d’innovation, se retrouve en difficulté. En avril 1789, en plein débat sur la crise budgétaire et économique de l’état royal, il est proposé de réduire ou d’abolir les très nombreux péages à l’entrée des villes, et notamment de Paris.
Le patron Réveillon propose alors d’utiliser cette réduction d’impôt indirect sur la consommation et le commerce pour … Réduire les salaires de ses ouvriers. Il pensait que la prospérité revenue lui permettrait de maintenir les avantages sociaux dont il avait pu faire bénéficier ses ouvriers dans le passé – la théorie du ruissellement existait déjà.
Ses ouvriers sont eux confrontés à une crise inflationniste : entre un refroidissement climatique ayant provoqué des récoltes très mauvaises en 1787 et 1788, et les soubresauts des finances publiques avec des mouvements spéculatifs sur le prix des grains, la vie chère domine le quotidien des parisiens.
C’est l’émeute Réveillon des quartiers du faubourg Saint Antoine.

Le même quartier, les mêmes ouvriers, bloquerons entre le 11 et le 13 juillet les péages autour de Paris, réclamant la fin du paiement des droits d’entrée dans la ville, du pain à prix juste, et la reconnaissance par les Etats Généraux de leurs doléances.
Le roi, refusant de reconnaître ce que le peuple demandait, venait de rejeter un premier ministre favorable à des politiques de distribution sociale, un « social-liberal ».
250 000 ouvriers et domestiques parisiens – le quart état – ainsi que des millions de travailleurs agricoles et artisans dans les campagnes – avaient été exclus des votes aux Etats Généraux, et cherchaient des relais pour faire entendre leur voix.

Le 13 au soir, le matin du 14 court la rumeur que le roi fait venir des troupes de militaires étrangers, suisses et autrichiens, pour débloquer les péages et réprimer le peuple.
C’est l’embrasement d’un bout à l’autre de la ville.
La foule part de Saint Antoine, passe par le panthéon pour atteindre les Invalides, trouve des armes, mais pas de poudre, repars dans l’autre sens longeant la Seine, reviens à Saint Antoine, à l’entrée du quartier se dresse la Bastille.

Bruno Retailleau nous replonge dans les débats de la grande révolution.

La boussole

Je suis républicain.
La tradition française dont je suis issu n’est pas judéo-catholique. Mes ancêtres étaient en Europe avant les Celtes et les gaulois.
Laïc, athée, je suis anticlérical. Il n’y a de bon clergé qu’invisible, comme les fadaises mystiques qui fonde leur existence. Il n’y a ni dieu, ni prophète, seulement l’humanité mortelle et la Vie.

Bruno Retailleau est non pas le ministre légitime de la République, mais un imposteur, un ministre d’un gouvernement illégitime.

Vive la République !

Vive la Révolution !

Vive la France !

Barricades rue Saint Maur, juin 1848

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