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L’outil et le présent

Il y a 22 ans, alors qu’un taxi m’emmenait à un rendez vous au technopole de Renault, je recevais un sms annonçant la fin de mon contrat de travail avec une startup allemande.
Je faisais quand même le rendez-vous.
Il s’agissait de concevoir les services pour une voiture connectée.

Aujourd’hui, j’ai vu une publicité pour une voiture, à moteur électrique, connectée. Elle savait tout des préférences de consommation de son utilisatrice habituelle, pour le plus grand amusement de l’utilisateur occasionnel, le père, joué par Antonio Banderas.

Et je me demandais : dans le scénario proposé, est ce qu’il y avait quelque chose que nous n’avions pas prévu en 2002 au cours de cet atelier ?
Non.
Ce qui n’existait pas, c’était l’infrastructure internet mobile, c’était l’infrastructure de bases de données et de serveurs connectés pour produire et délivrer ces services, et les technologies de terminaux intégrés.
Mais la plupart des applications existaient par exemple dans le pack PocketPc de Microsoft ou dans d’autres pack d’applications mobiles.

Je me souviens que certains moteurs de recherche de l’époque exploraient des chemins neuronaux et des modèles de language qui préfiguraient les applications génératives d’intelligence artificielle. Pourtant on en était loin des applications actuelles. Mais je me souviens de certains résultats à des questions bien posées, même au Google de l’époque.
En 2002, d’ailleurs, les résultats des recherches etaient plus divers et pertinents que les résultats que je trouve dans Google aujourd’hui. Je cherche d’autres technologies de recherche sur internet, car Google ne trouve plus ce que je cherche.
Et les applications d’intelligence artificielle non plus, car elles me proposent des chemins balisés lorsque ma réflexion a besoin de se perdre avant de dessiner un chemin.

En voyant cette publicité, je me disais que l’on vendait comme moderne et technologique un vieux rêve, archaïque déjà. On avait déjà ça en tête.

En 2002, je me souviens, on pensait que le boom de la voiture électrique était imminent. Peugeot était précurseur en la matière.

Il y avait un producteur français de téléphone qui sortait en 2002 un des premiers smartphone avec écran tactile – le Sagem WA quelque chose.

Le progrès n’a pas fait de si grand bond que cela depuis. C’est des améliorations à la marge, mais non de grandes transformations.

Alors que je suis depuis 25 ans dans les technologies, avec une carrière surtout dans le logiciel d’entreprise, il est étonnant de voir la constance des problèmes posés et des choix de réponses.

Cela démontre finalement que la question est rarement celle de l’outil.

La règle d’or est un outil. Débattre d’un outil n’a aucun intérêt. Ce qui compte, c’est savoir ce que l’on veut construire.
À qui a un marteau, tous les problèmes ressemblent à des clous, dit le dicton.
Qui a comme outil la règle d’or voudra toujours consolider les dépenses.

Mais quelle société voulons nous dessiner ? Et sont nos problèmes si nouveaux, si “modernes” que l’histoire, la culture, la morale, ne puissent nous donner des pistes plus intéressantes qu’un outil ?

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