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Nous devons nous séparer du social réformisme comme du libéralisme autoritaire pour sauver la démocratie

Nous assistons à l’échec de deux idéologies profondément structurantes dans l’après guerre froide :
Le progressisme, parfois décrit comme social-liberal, ou social-reformiste, et dont les tenants en France se réclament abusivement de la social-démocratie,
Le néolibéralisme conservateur, dont se réclament les droites chrétiennes démocrates.

Le centre s’est divisé dès lors en trois grandes catégories :
un néolibéralisme conservateur sur la question migratoire mais libéral sur la question sociale et dont certaines branches ont constitué les bases du national populisme européen (Orban, Wilders, la première mouture de l’AfD),
Un libéralisme libertaire qui a pu tant irriguer les mouvements suprémacistes racistes que les mouvements anarcho-ecologistes, dont des cadres se retrouvent dans les mouvements antivaccin et anti-science (Kennedy en est un bon exemple aux Etats Unis),
Un libéralisme conservateur sur les questions sociales, autoritaires en politique, et surtout favorable à des intérêts financiers et industriels spécifiques, dont Macron est issu.

Emmanuel Macron a pu pendant 9 ans inspirer en France une certaine confusion.
Venu du libéralisme autoritaire de pouvoir personnel, il a appris d’abord auprès de Sarkozy et Attali, puis à gauche auprès de Jérôme Cahuzac et François Hollande, à apprivoiser les différentes couleurs libérales dans une improbable synthèse rejetant les idées traditionnelles de la gauche de gouvernement à l’extrême gauche, et celles de la droite protectionniste au nationalisme.
Le en même temps faisait la synthèse du progressisme clintonien et du néolibéralisme thatcherien avec suffisamment d’ambiguïtés pour séduire les centres.

La pratique du pouvoir fut dès le début autoritaire.
Parce que la constitution de la cinquième République prévoit et permet cet autoritarisme, on l’a peu critiqué pour cela. Le camp de l’ordre a pu se sentir conforter par la violence de la répression des oppositions sociales et culturelles.

Mais que ce soit le macronisme ou d’autres variantes, en Europe comme aux États-Unis, ces  couleurs idéologiques ont échoué, et mis en danger, suivant des dynamiques connues pourtant depuis la république de Weimar, la démocratie elle même.

C’est que la démocratie n’a JAMAIS été un libéralisme. La démocratie est le résultat d’un rapport de force social entre des classes populaires, plèbe ou peuple, et des classes propriétaires, aristocrates, chevaliers ou grandes familles. C’était le cas dans les États inventant le droit écrit, dans celles inventant en Grèce et à Rome des formules démocratiques.

Sans conscience des enjeux sociaux, il n’y a pas de démocratie, il n’y a pas d’équilibre de la société possible.

Le néolibéralisme a eu depuis la révolution thatcherienne des années 80 près de 50 ans pour démontrer sa capacité à structurer des sociétés « plus efficaces ».
C’est un échec.
Les « anticipations rationnelles » ignorent systématiquement les informations disponibles contraire à l’intérêt individuel immédiat, conduisant à des comportements suicidaires à moyen terme.
Mais les instruments du néolibéralisme suppriment les résistances collectives à ces comportements individuels suicidaire dans leur somme au nom du primat des marchés et des agrégations « naturelles » pour un bien « naturel » spontané.

Tout dans les sciences humaines a démontré que les présupposés des grandes familles politiques néolibérales sont faux quant à la nature humaine, la nature elle même, la psychologie individuelle et de masse, les comportements spontanés d’individus où la solidarité et l’esprit de sacrifice contredisent « l’homo economicus ».

Cet échec était prévisible et prévu.

Mais les générations de dirigeants responsables sont toujours présentes. Laurent Fabius, premier ministre « progressiste libéral » est président du conseil constitutionnel où il a été d’une remarquable inutilité face à Macron.
Pierre Moscovici est président de la cour des comptes qui n’a jamais évalué le fiasco des aides aux entreprises ni celui des privatisations.
Sarkozy continue d’intriguer. Ses réseaux sont partout.
Les grandes fortunes françaises construites sur ce vol inouï dans notre histoire possèdent la plupart des médias.

Weimar, ou la troisième république, ne meurent pas d’une espèce de choc soudain incompréhensible.
Les contemporains ont d’ailleurs entre 1945 et 1975 mené des politiques très différentes pour empêcher que ce passé se reproduise.
Le néolibéralisme a systématiquement détruit les protections construites pour garantir le « plus jamais ça ».
On y a ajouté deux verrous mentaux : le point Godwin et la « réduction AD hitlerum » ont permis de déconnecter toute réflexion historique de la compréhension du monde contemporain.

Alors on répète le passé.

On se moquait de moi lorsque je parlais il y a 10 ans de « Weimarisation » européenne.

Je crois qu’on ne se moque plus.

Aujourd’hui, les observateurs allemands constatent que la constitution chaotique et tumultueuse du parlement régional de Thüringe de ce weekend rappelle une chose : Weimar.
Le mot est imprimé.

La première région qu’avait remporté d’ailleurs le NSDAP autrefois, c’était en Thüringe.

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