L’esprit de nuance manque aujourd’hui, ainsi qu’une autre qualité, le pardon.
Les préoccupations des français, telles qu’elles sont mesurées par plusieurs outils différents, de l’enquête du Conseil économique, social et environnemental aux sondages d’opinion, des travaux de l’Insee aux portraits des opinions européennes, sont constantes.
Elles sont aussi très largement partagées.
Emploi, pouvoir d’achat, sécurité, logement, santé. C’est ça qui compte.
Il y a aussi deux idées qui traversent ces préoccupations : alors que le débat public est de plus en plus violent, alors que le monde extérieur est également perçu comme très violent, alors que les médias se repaissent de faits divers sanglants, les Français aspirent à la réconciliation nationale.
Il s sont épuisés tant par les querelles que par les confrontations.
Macron a tout fait pour fracturer les solidarités nationales, pour créer des blocs irréconciliables garantissant sa centralité. La conséquence, c’est que les français, pas satisfaits de sa politique, n’en voyant pas les fruits, divisés comme jamais, cherchent une alternative, épuisés.
En 2017, après déjà les conflits et la violence du quinquennat Hollande, entre terrorisme islamiste de masse, réforme du droit du travail et suppression de la protection des familles par l’extension du domaine de la production aux soirées et dimanche, répression des oppositions issues du camp du président, les français rêvaient d’unité nationale.
Macron avait alors surabusé d’un mot « la bienveillance ». Sa pratique fut celle, violente, de celui qui jamais ne donne merci, jamais ne pardonne, jamais ne juge avec bienveillance.
Alors que le dimanche il dissout, mettant de fait le gouvernement en suspens, son premier ministre poussait encore le lundi le,décret de réforme de l’assurance chômage, dont la philosophie est de punir l’erreur de bonne foi, de ne montrer ni pardon, ni bienveillance.
La gauche se doit d’incarner dans ce court laps de temps le pardon et la réconciliation nationale.
Cela ne va pas de soi. Je ne souhaite pas revenir sur les erreurs stratégiques d’un des partenaires du nouveau front populaire, qui pratique la vengeance des investitures, et ne pardonne qu’à l’impardonnable. Ce mouvement crée ainsi une gigantesque diversion qui va nous coûter deux points. Et en deux semaines, la perception initiale l’emporte sur le fond.
Je souhaite dans cette campagne l’esprit de réconciliation et de pardon.
Macron et l’extrême droite veulent conflictualiser, veulent diviser, veulent empêcher toute réconciliation nationale.
Le miracle de l’unité aussi large de la gauche est un premier pas vers une réconciliation à l’échelle de l’ensemble du pays, entre les villes et les territoires, entre les classes, entre les diversités de choix culturels et familiaux, dans l’esprit de notre histoire nationale.
Celle-ci n’est pas une histoire univoque.
Tout au long du moyen âge, par exemple, les rois de France ont édictés l’interdiction de l’aumône des pauvres, l’expulsion de minorités, la mise à l’écart de populations malades. Tout au long du moyen âge, les français ont refusé d’obéir à ses injonctions, ont protégé leur propre volonté de donner l’aumône, ont protégé des populations minoritaires de plusieurs manieres, ont même créé les hôpitaux et les hospices. Les textes sont pleins de recriminations des autorités royales contre des populations continuant à être généreuses malgré les édits royaux.
Lorsque l’inégalité des conditions devient extrême – le paysan du XVIIIeme vit en France moins bien que son grand père du XVIIeme – les français ont fait l’impensable : ils ont retourné la table, et se sont unis comme Nation autour non d’un homme, mais d’une idée : l’universalité des droits humains.
Les classes les plus riches ont toujours organisé la trahison des classes populaires et artisanes, des bourgeoisies de province.
Ils ont remplacé le roi par l’empereur, ils ont écrasé d’impôts le peuple pour financer des croisades désastreuses. Saint Louis, l’un des inventeurs de l’anti sémitisme français fut un des pires en la matière, ruinant plusieurs fois la France. Lorsque les rois découvrent de nouvelles géographies, ils ruinent la France dans un premier empire colonial perdu dans des guerres désastreuses, puis dans une guerre de revanche contre la Grande Bretagne en Amérique du Nord. C’est parce que François 1er lance la conquête d’un Canada, perdu par Louis XV, que Louis XVI ruine la France en envoyant La Fayette et des milliers de soldats soutenir une bourgeois colonialiste, et esclavagiste.
La Révolution proclamera l’abolition de l’esclavage, et la république américaine nous fera la guerre sur ce sujet.
Napoléon ruine la France, pillant l’Europe, mais perdant à deux reprises la guerre impérialiste, la France est occupée. Il rétablit l’esclavage, étant financé par les fortunes coloniales, et deporte aux colonies ses dissidents. Toute l’histoire du colonialisme est l’histoire de la punition du peuple français.
C’est un roi, Charles X, qui lance la conquête de l’Afrique, ce sont des monarques qui font vivre dans la bourgeoisie d’affaire les rêves coloniaux. Les grands dirigeants de la troisième république continuant cette affaire ont fait leurs premières armes sous Napoléon 3, et massacrés le peuple français de la Commune.
L’abolition de l’esclavage définitive est arrachée par les armes, quand la seconde république est encore sociale, et la bourgeoisie écrasera dans le sang l’aspiration sociale. Le peuple refusera de défendre la République bourgeoise au moment d’un putsch militaire trois ans plus tard.
Cette trahison répétée est suivie de colères, et de réconciliations nationales sur l’autel des droits de l’homme.
La Résistance, on l’a oublié, est dans le direct prolongement de ce que fut la première république et la Révolution, jusque dans l’implacable punition des traîtres à l’épuration.
La Résistance fonde un nouveau pacte national, sur la République sociale.
Cela fait 40 ans, depuis la chute de Mauroy, que les forces des élites économiques veulent abattre la République sociale. Elles sont prêtes maintenant, en 2024, à le faire en s’alliant au RN.
Les marchés sont effrayés par la perspective d’une victoire de la gauche, et moins par celle de l’extrême droite. L’argent choisit le fascisme contre le front populaire, comme en 1936.
Macron lui a tout perdu : tous mes contacts dans les milieux d’affaires français et internationaux sont abasourdis et accablés. Ils lui donnaient crédit pour avoir rétabli l’image de la France auprès des investisseurs, d’avoir fait de réels progrès en attractivité et en modernisation administrative. Certes, la traduction en loi de la directive européenne CRDS créait un énorme effort bureaucratiques pour les entreprises, mais même là un consensus favorable se dessinait dans la communauté des administrateurs d’entreprise.
Tout s’est effondré en quelques minutes dimanche dernier.
Or, il faut bien comprendre que le premier ministre Attal, en charge du budget 2023 lorsqu’il était ministre à Bercy, et le ministre de l’économie et des finances Le Maire avaient déjà ébranlés l’image de compétence économique de leur gouvernement avec la tragi-comédie des « milliards perdus » de ce même budget.
La promesse idéologique de ne pas augmenter les impôts des très riches signifiait forcément s’en prendre aux classes moyennes et populaires.
La conséquence, on l’a vu aux Européennes. Le parti macroniste s’est effondré.
Il n’y a pas de raison que ce parti cesse de s’effondrer dès lors que les sondages lui donne une place marginale dans la future assemblée.
Et c’est là que nous devons en appeler à la bienveillance et au pardon : le vote macroniste est aussi un vote de classe moyenne et populaire, et de bourgeois socialement attachés à la cohésion sociale. Ceux qui ont cru à la bienveillance en 2017 sont effrayés par les vociférations de l’extrême droite comme de la gauche radicale.
Il faut tendre la main. Le nouveau front populaire veut une nouvelle unité nationale.
Dès lors, j’appelle nos candidats à mesurer leur campagne. Nous voulons la paix sociale autant que la paix internationale. Il y a des responsables, ou plutôt des irresponsables, qui nous mènent dans une crise financière et monétaire, morale et sociale.
Ils sont très riches.
Ils paieront.
ils paieront pour nous permettre de reconstruire notre maison commune.
Ils paieront aussi parce que c’est la seule manière de résoudre les trous financiers que laissent les macronistes.
Le RN ici n’a aucune autre solution que d’enrichir des donateurs milliardaires. Il ne travaille pas à la cohésion nationale, mais à de nouvelles divisions, de nouveaux conflits.
