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Mémoire sélective

Le 8 mai, l’Allemagne se souvient aussi de la résistance courageuse de quelques allemands.
Enfin, se souvient: choisit soigneusement des résistants qui toutes et tous, à un moment, ont été nazis, des Scholl aux militaires du coup d’état de juillet 44.
Les résistances dès 1933 sont SYSTÉMATIQUEMENT ignorées.
La résistance des groupes de jeunes communistes, souvent juifs, qui mènerons des actions subversives jusqu’au printemps 1942 avant d’être découverts par la Gestapo, torturés, exécutés, est complètement tue.
Parmi ce groupe, il y avait une française, Suzanne Vasseur, qui part vivre en Allemagne avant la prise de pouvoir de Hitler, et décide d’y rester pour continuer à mener des opérations de résistance avant même la guerre. Mariée à un ingénieur de Siemens qui ignorait tout de ses activités, bien que considérée par les lois raciales à quart juive, elle conserva une liberté d’action jusqu’à son arrestation. Elle sera guillotinée à Berlin.
Elle faisait partie du groupe Braun.

La résistance des années 30 fut brisée, ou dut s’exiler, comme Willy Brandt, comme beaucoup de socio-democrates et de Communistes.
Mais des jeunes ont toujours maintenu le drapeau d’une résistance qui JAMAIS se compromit avec le nazisme.

Mais voilà : ce genre de résistance renvoit immanquablement à la réalité : les grands parents des adultes allemands d’aujourd’hui, les gens nés entre 1920 et 1930 qui la plupart viennent de mourir, étaient bien, pour la majorité, nazis, favorables aux politiques nazies, favorables aux avantages qu’ils tiraient, ou suivistes satisfaits jusqu’en février 1943.

Il fallut les premières défaites, les premières vraies restrictions et les premiers bombardements pour que l’opinion se refroidisse, pour que les classes compromises s’occupent de leur rédemption.

Ce sont ces résistants, courageux tardifs, souvent aussi torturés et exécutés, mais portant les compromissions des années 1930-1940, dont l’Allemagne aime se souvenir.

Ceux qui avaient raison en 1932 ont aussi raison en 2024 de critiquer les politiques comptables sans volet social, la violence de l’exploitation capitaliste, et sa conséquence inéluctable, l’avènement du fascisme. Les mêmes causes reproduisent les mêmes effets.

Mais s’il fallait s’occuper des débuts, on devrait remettre en cause le néolibéralisme.

Alors on commémore la fin, et les résistants de la fin.

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