Pourquoi la démocratie allemande échoue en 1933?
D’abord, parce que au nom de l’efficacité, de la raison, du libéralisme, et de l’orthodoxie budgétaire et monétaire, la classe politique dominante entre 1927 et 1932 vide de pouvoir, de sens et finalement de légitimité le parlement.

Les gouvernements des années 1930-32 gouvernent sans faire voter la loi. Même minoritaires, ils usent toutes les ficelles formelles des textes, avec le soutien des jurisprudence constitutionnelle, pour légiférer sans contrôle parlementaire.
C’est le gouvernement par ordonnance.
Le parlement dévalorisé, les élections législatives ne sont plus des moments de construction de l’opinion publique, où des choix politiques se cristallisent. Le parlement n’étant plus important, l’élection devient un spectacle et un réceptacle de réactions émotionnelles.
Puisque le parlement ne compte pas, le peuple peut bien voter pour n’importe quoi.
C’est exactement cette évolution, la montée en puissance des exécutifs contre leur parlement, la perte de sens des débats parlementaires et de leur élection, et dès lors la montée de partis antiparlementaires, de mouvements populistes ou plébiscitaires, qui explique la crise de la démocratie européenne, et son incapacité à résoudre les conflits de classes et de territoires en Europe.
Pendant d’ailleurs la plus grande partie de la période suivant la crise financière, due à la spéculation des banques privées sur la bulle immobilière, de 2008 à la crise pandémique de 2020 qui redonna aux gouvernements nationaux un pouvoir autonome, l’institution la plus puissante, l‘Union Européenne, est une célébration du pouvoir exécutif, méprisant tant le parlements nationaux que son propre parlement, qui n’a aucun pouvoir réel, et n’en use de toute façon jamais.
La pratique du pouvoir du macronisme est un paroxysme en Europe de la célébration de l’exécutif, et la dévaluation de tous les instruments de la démocratie représentative comme de la démocratie sociale.
Voir les héritiers autoproclamés du christianisme social et démocrate – du Modem à l’aile social libérale catholique issue du PS – contribuer à la démolition systématique du parlement, des corps intermédiaires, des instruments de la démocratie sociale, est éclairant quant à la capacité des êtres humains, sous la pression de groupe et la fascination du pouvoir, à mettre en œuvre des décisions contraires à leur intérêt ou convictions.
Notons que le gouvernement par ordonnance et 49.3 est soutenue par un conseil constitutionnel à la composition partisane, Macron ayant nommé non des juristes, mais des partisans du premier jour de sa personne. Notons ici que Laurent Fabius, comme Pierre Moscovici ailleurs, achève une déchéance morale et intellectuelle en cautionnant des jugements proclamant à longueur de temps la vanité de l’existence d’un parlement.
Si un jour les juges constitutionnels lisaient le préambule de notre constitution, ils en seraient tellement effrayés qu’ils jugeraient ce préambule comme un cavalier législatif, et supprimeraient nos déclarations de principe. Par chance, en plus d’être obéissants, ils sont fainéants.
On critique souvent l’état institutionnel dramatique de la Pologne après la défaite du PiS.
Macron a fait bien pire.
Mais tout cela était prévisible, et évitable. Je l’avais écrit à mes alors camarades du PS en mai 2012: si on se plante sur les questions sociales et de justice économique, la démocratie sera mise en danger.
Dès septembre, je me retrouvais frondeur, non par esprit de contradiction, mais par désespoir en voyant Hollande engager – avec Cazeneuve comme homme de main menteur et manipulateur, Cahuzac comme déflationniste manipulateur et fraudeur, l’homme qui présenta Macron au PS – le gouvernement sur la pente glissante actuelle.
(les irresponsables de la social-démocratie) sont ceux qui, sourd à l’inefficacité même de ces potions amères, (…) choisissent le divorce de la base et de ses représentants, plongeant la gauche dans la torpeur, prêts à laisser le nouveau fascisme séduire les classes populaires et moyennes.
Mon article de mai 2014, il y a dix ans https://mpouyberlin.blogspot.com/2014/05/leon-blum-plus-moderne-que-les.html
Il est très difficile de sortir de la pente actuelle. Très peu de démocraties l’ont réussi dans l’histoire des hommes. La cité d’Athènes comme la république romaine y ont échoué, comme Weimar.
Mais parfois, il faut se battre, comme le député Baudin un matin de décembre 1851, non pour vaincre, mais pour maintenir une idée vivante. Il faut se battre pour rester digne.