
Je vous propose deux graphiques pour illustrer l’une des causes du succès de l’extrême droite.
Depuis deux ans, les salariés s’appauvrissent. La démocratie n’apporte ni la prospérité ni la justice, les conflits sociaux des années 2011 à 2023 ont tous aboutis à des défaites, ni l’alternance.
C’est cela qui alimente le vote RN. Comme d’habitude, l’histoire nous a enseigné cette vérité dans de nombreux pays différents dans des périodes différentes.
Lorsque les classes nombreuses ne s’y retrouvent plus, elles sont prêtes à tout renverser. Et si l’aspiration à une amélioration progressiste est impossible, ce sera le renversement par la réaction.
Le premier conflit social dont l’Europe a la trace historique voit les citoyens des classes populaires de Rome, il y a 2500 ans, faire grève, et ne quitter leur blocage total de la cité qu’après avoir obtenu des concessions sociales, politiques et économiques. C’est ainsi que Rome cessa peu à peu d’être une monarchie pour devenir une République.
Les nobles de la Cité comprirent également que l’un des meilleurs moyens de rétablir la Concorde et l’unité nationale était encore de déclencher une guerre avec les voisins, et d’utiliser les butins comme autant de moyens de s’acheter une paix sociale sans eux mêmes être mis à contribution. Car depuis que l’histoire a des témoignages écrits des lois humaines, les riches, que ce soit chez les Sumériens, les Chinois ou les Mayas, aiment se soustraire aux frais collectifs. Et la promesse du butin fait sur les autres, ce que plus tard on nommera selon les époques et les contextes, impérialisme ou colonialisme, est encore le moyen le plus rapide pour éviter de payer plus d’impôts.
Lorsque les équilibres politiques et sociaux cependant perdent leur balance, lorsque des crises, dans l’ancien temps agricoles, aujourd’hui financières, autrefois comme aujourd’hui pandémiques, dues à des catastrophes naturelles, ou à l’accumulation sans contrôle de moyens considérables par un petit nombre d’individus, les premiers à trinquer sont les classes nombreuses.
La République romaine meurt après 70 ans de guerre sociale
Celles-ci cherchent dès lors des solutions simples, et si l’équilibre démocratique, républicain, ne tiens plus sa promesse de prospérité partagée, elles s’allient à des classes souvent riches, mais inquiètes des transformations en cours. Cette alliance réactionnaire en nature s’appuie souvent sur des violences, des pillages internes, et aboutissent à la mort de la démocratie. César est un rejeton d’une grande famille apauvrie, il devient riche par mariage, mais il se fera élire sur les listes des classes populaires tribun. Patron d’un clan politique populiste, il organise le pillage de la Gaule, pendant que Pompée pille la Judee et la Syrie, puis lance la guerre civile, où les riches des camps perdants verrons leur propriétés confisquées par l’état: le pillage interne est un puissant outil, dans ces transformations réactionnaires, donnant des boucs émissaires pour expier les crimes du meurtre de la République.
Cette leçon d’histoire fut répétée des dizaines de fois
C’est à peu près ainsi que meurent les première et seconde république françaises.
Le directoire organise l’alliance de classes inquiètes des transformations sociales initiées depuis 1789 et des classes populaires ne trouvant plus leur compte depuis l’exécution des montagnards – Robespierre et les parlementaires de son camp furent à l’origine des premières politiques de redistribution sociale et de contrôle des fortunes des riches, et c’est ce qui leur valut la campagne idéologique en „terrorisme“, alors que leurs successeurs exécutèrent pour raisons politiques plus de monde que les jacobins – autour d’un projet simple : le pillage de l‘Europe.
La Première République a réussi à régler les problèmes budgétaires, fiscaux et financiers de l’ancien régime. La France n’a plus, en 1799, de dette publique et de déficit de nature à entraîner le défaut de paiement ou le refus de crédit des marchés financiers de l’époque.
Les nouveaux bourgeois et les classes bénéficiaires des redistributions souhaitent consolider leur position, et l’aventure impérialiste en Europe est la promesse d’acheter de la paix sociale avec le produit des rapines, et la mise en coupe réglée des royaumes occupés. C’est le moment de s’enrichir de nouveau, la crise financière ayant fait chuter Louis XVI et sa tête étant réglée.
Le colonialisme et le pillage interne, armes des fausses paix sociales
Justement, un général est prêt à incarner ce projet, et après avoir pillé l‘Italie, et échoué à piller l‘Egypte et les Indes, il prends le pouvoir, mélange de populisme et de césarisme français. L’aventure bonapartiste s’achève par un désastre : la France est occupée par les forces armées des alliés européens, ses frontières réduites, soumise à un gigantesque montant de réparations financières, et son gouvernement, la monarchie rétablie, est sous la surveillance du congrès européen, sans souveraineté complète. Un quart des jeunes hommes nés entre 1775 et 1795 sont morts ou disparus. Un million de français et sans doute deux fois plus d’européens, surtout des civils, sont morts. Pire : Napoléon va enraciner dans une société française qui en était en grande partie ignorante le racisme anti noir et une nouvelle forme d‘antisemitisme, refusant tant l’abolition que l’intégration. Il mènera des 1801 une purge des officiers noirs et métisses de l’armée, en même temps que la déportation des officiers républicains dans des bagnes coloniaux où la plupart mourront, rétablit l’esclavage en 1802, et revient sur les lois émancipatrices des juifs de France de la République en instituant un statut particulier en 1807. Il favorisera d’ailleurs les publications du nouvel antisemitisme alsacien.
Napoleon „fait financer ses campagnes par le seul butin de guerre, stocké dans une caisse spécifiquement dédiée (la Caisse de l’Armée). Les traités qu’il signe prévoient la mise à disposition par les pays vaincus des ressources financières et matérielles dudit pays, de sorte que l’endettement français soit minimal.“ C’est du pillage.
La Restauration verra elle aussi son salut dans le colonialisme. Chateaubriand, l’écrivain, ministre des affaires étrangères de cette période, s’opposera à l’abolition de la traite des noirs, s’opposant contre le Royaume Uni, qui interdit le trafic dès 1818 et obtiens un consensus européen, le principe de l’inspection des navires de commerce d‘esclaves. Il conduira la France dans une nouvelle aventure militaire, en Espagne, en 1825. Fait méconnu, Chateaubriand était propriétaire pendant tout ce temps d’un enfant esclave noir, Morgan, qui restera dix ans dans cette famille, avant d’être délesté comme un animal trop encombrant dans un séminaire italien où il mourra d’une maladie pulmonaire. Le grand poète défendait d’ailleurs l’idée que l’esclavage avait ce grand avantage de … christianiser les esclaves.
Suite à ce gage donné aux réactionnaires européens, Charles X lancera la conquête de l‘Algerie. C’est l’un de ses ancêtres directs qui avait lancé la conquête du Sénégal. Le colonialisme français est à l’origine une affaire des monarchistes. La République et la Révolution abhorrent son principe.
Relire Louis Blanc et Victor Hugo
Lorsque la seconde république se détourne de sa promesse sociale, alors que les classes ouvrières des prémices de l’industrialisation française sont républicaines, et avides d’un progrès social et législatif, et les classes paysannes effrayées par une transformation qui affectent leur modes de vie, leur équilibres cantonaux, avec un exode rural rendant la main d’œuvre plus rare et donc plus chère, une nouvelle alliance se forme sur un projet colonialiste autour du neveu de Napoléon.
La seconde aventure bonapartiste s’achèvera aussi dans un désastre complet : après la défaite et l’échec de la colonisation du Mexique, c’est la défaite en France face à l’Allemagne, la guerre civile à Paris et le massacre de milliers d’ouvriers, de femmes, d’enfants, massacres glorifiés par une basilique du sacré cœur aussi obscène que cynique.
La France est de nouveau ruinée, soumise à des réparations, comme en 1815, et occupée.
De ces moments douloureux cependant naîtra la troisième république, et si celle-ci ne put éviter la tentation européenne de l’extension de la colonisation, à rebours de tout ce que les républicains ont promis à l’universelle humanité, ce ne fut pas du fait des classes sociales populaires, mais d’une poignée de bourgeois.
Jamais les classes nombreuses françaises n’iront peuplée les colonies, et le mouvement ouvrier sera toujours opposé à celles-ci.
La troisième république meurt comme les autres républiques, comme d’ailleurs Weimar en Allemagne. Après des années de politiques déflationnistes payées par les classes nombreuses, l’accent mis sur l’équilibre budgétaire plutôt que sur l’équilibre social, des alliances réactionnaires se forment.
La démocratie est toujours trahie par les centristes libéraux, partout, tout le temps.
En Allemagne, ce sont les centristes libéraux qui lancent Hitler et les nazis. Celui-ci sait comment acheter la paix sociale : il pille les juifs allemands, et le produit de ce pillage profite aux classes nombreuses. Les ennemis politiques voient aussi leurs biens confisques. Lorsque ce pillage interne est achevé, Hitler vire les économistes orthodoxes et finance son réarmement avec de la dette publique et des maquillages budgétaires, et rapidement, doit lancer le pillage de l’Europe pour assurer le financement de ses dettes. La guerre est une guerre d’extermination des juifs, des slaves aussi, des tsiganes, des minorités de mœurs. Car l’extermination doit laisser la place au peuple allemand, qui trouvera la prospérité dans le pillage. Le nazisme est tout entier une association de malfaiteurs au niveau d’une Nation.
Et c’est pourquoi les seuls allemands sans culpabilité sont ceux qui se joints aux alliés, choisis l’exil, ou fait de la résistance des 1933. Le ralliement tardif des classes ayant profites des pillages internes et externes des années 1933-1942 au complot de juillet 1944 ne les absout pas, ni même leur mort horrible n’absout les jeunes bourgeois catholiques Scholl de leur engagement passionné dans le nazisme des années 1937-38.
la mémoire allemande choisit de ne pas se souvenir des autres résistances : les mouvements syndicaux, communistes et socialistes des années 1933-34, brisés par les tortures, les camps de concentration, les assassinats, avec près de 1 million d’opposants allemands déportés, 62 députés socialistes seront assassines, la plupart des femmes députées communistes serons tuées ou exilées. On ne rappelle pas cette résistance intérieure là, car elle rappelle en creux la culpabilité des résistants allemands tardifs.
la résistance juive communiste des groupes Baum est particulièrement intéressante, car indépendante de Moscou, organisée par de jeunes hommes et femmes, dont une française, Suzanne Vasseur, guillotinée avec ses camarades en 1942, ils ne feront pas que distribuer des tracts, ils réussiront à incendier l’exposition antisemite de propagande exposée au grand musée du Lustgarten à Berlin. Ce groupe n’est jamais commémoré. J’y reviendrais.
La troisième République meurt de la défaite militaire, et de l’alliance grotesque des classes réactionnaires et d’opportunistes issus d’une frange marginale de la gauche. La principale préoccupation, c’est sauver l’empire colonial, et ces groupes mènerons en Syrie la guerre civile. Ils promettrons aussi la paix sociale par le pillage intérieur. La société française refusera cependant dans son ensemble le pacte criminel proposé et sauvera plus de voisins juifs que les autres pays européens, malgré les recherches actives de la police française et l’obsession antisemite des gouvernements de Petain et Laval.
On sait comment le populisme en Amérique Latine comme dans la péninsule ibérique est régulièrement à la source de la mort de systèmes démocratiques. Franquisme, ou les différentes variantes du populisme nationaliste argentin, sont des variations des mêmes causes produisant les mêmes effets.
Tocqueville notait dans son histoire de la Révolution française deux facteurs pour identifier les conditions d’une révolution: le régime qui s’effondre lance tard et trop peu les réformes, portant cependant ainsi en lui les germes du nouveau monde, et les classes sociales, économiques, culturelles, sont en opposition irréductibles, sans corps intermédiaires pour dialoguer et construire des compromis. Il analyse comment la technocratie royale „rationalise“ par souci d’efficacité en centralisant les pouvoirs dams l’administration, mais ainsi, supprime les cours de justice et les instances locales où se construisaient des compromis entre classes, entre aristocrates, clergé et roturiers. Il explique la violence de la Révolution non par la volonté de quelques individus, que ce soient les chefs chouans massacrant après les avoir torturés les républicains, ou les chefs révolutionnaires exécutant les suspects, mais par cette incompréhension entre classes résultant de la disparition des échelons intermédiaires de construction de la cohésion nationale.
Les travaux des spécialistes de la Révolution du XXeme siècle ont bien mis en exergue, avant les travaux révisionnistes de Furet et Ozouf, les rôles des salaires, du niveau de vie, des crises de subsistance, et des aspirations sociales.
Après la leçon d’histoire, l’action aujourd’hui
Il est temps de s’interroger aujourd’hui sur l’état des démocraties européennes et occidentales. L’extrême droite s’installe dans les institutions- Trump a échoué à s’y maintenir après avoir perdu un scrutin, son coup d’état restant impuni il pourrait être réélu avec l’assentiment d’une partie des institutions transformées par des nominations partisanes – les pays européens avec des gouvernements alliant l’extrême droite et l’aile conservatrice la plus radicalisée à l’idée de perdre le pouvoir se multiplient. Les classes populaires au mieux se désintéressent de l’avenir de la démocratie, au pire, n’y voient aucun intérêt matériel, social, symbolique et culturel, les bourgeoisies de la globalisation heureuse n’étant prêtes à aucun compromis ni partage à l’époque de la croissance des années 2010.
En France, La loi immigration a servi de diversion, et permis aux classes réactionnaires de commencer l’alliance politique. Je rappelle que la question migratoire est au mieux quatrième dans l’ordre des préoccupations des français, et même plus loin en réalité.
„Selon le baromètre annuel du Monde et Franceinfo sur l’image du Rassemblement national (RN), réalisé par Verian (ex-Kantar Public)-Epoka, 52 % des Français sont d’accord avec l’idée qu’il y a trop d’immigrés, contre 45 % il y a un an mais ils étaient 63 % en 2005.“
„Selon un sondage Elabe pour BFM-TV de novembre, 74 % des Français approuvent le remplacement de l’AME par une « aide médicale d’urgence » aux conditions d’accès plus strictes. Deux mois plus tôt, selon une enquête CSA pour Médecins du Monde, 60 % des Français se disaient pour l’AME, lorsque celle-ci était présentée comme permettant aux étrangers en situation irrégulière de « bénéficier d’un accès aux soins de première nécessité gratuitement ». Ils étaient même à 73 % favorables après avoir été informés du fait, par exemple, que certains médicaments et soins non essentiels sont exclus de l’AME ou encore que l’AME représente 0,5 % du budget de l’Assurance-maladie.“
L’opinion se focalise sur d’autres sujets de préoccupation. Ainsi, selon l’étude Eurobaromètre de 2023, à propos des principaux problèmes auxquels fait face l’Union européenne et parmi une liste de quatorze choix, « l’immigration occupe la quatrième place en France alors qu’elle occupait la première place en 2018 », remarque M. Rivière,.
C’est cohérent avec toutes les études publiées en 2023 sur l’ordre des préoccupations des français. Les points les moins importants : la situation internationale (que ce soit l’Ukraine ou Israël), l’énergie (merci le nucléaire), les impôts, le terrorisme.
Les français pensent que le plus gros challenge pour l’Europe c’est l’inflation et la vie chère, le changement climatique, la situation internationale (Macron est donc complètement dévalué), l’immigration (c’est à l’Europe de contrôler ses frontières, pas à la France).
La onzième vague de l’étude « Fractures françaises », parue en octobre et réalisée par Ipsos-Sopra Steria pour Le Monde, la Fondation Jean Jaurès, le Centre de recherches politiques de Sciences Po (Cevipof) et l’Institut Montaigne, montre même que parmi une liste de douze « enjeux » et à la question : « Quels sont les deux qui vous préoccupent le plus à titre personnel ? », les sondés répondent d’abord « les difficultés en termes de pouvoir d’achat » (46 %), « la protection de l’environnement » (30 %) avant de retenir « l’avenir du système social » (24 %) et « le niveau de l’immigration » (24 %).
L’immigration du travail, moteur de l’Allemagne
Notons que la prospérité économique du coeur de l’Europe, l’Allemagne notamment, est alimentée par une migration des européens de l’est bien formés, notamment des femmes, vidant la Pologne, qui du coup a attirée des millions de ukrainiens, moldaves,etc…
Ces mouvements de population sont la conséquence du refus de sociétés coeur vieillissantes de faire les réformes nécessaires et d’investir les moyens nécessaires a une démographie dynamique et à la formation des enfants puis adolescents puis jeunes adultes dans le pays.
Insuffisant alors qu’une partie des est européens partaient au Royaume-Uni, ce flux a été renforcé a partir de 2015 par le flux de réfugiés fuyant les pays que la politique de Sarkozy avait déstabilisé ou que nos politiques n’avaient pas assez soutenus au proche et moyen orient.
l’Italie doit encore importer des mains d’œuvre dont elle ne porte pas le coût de production biologique, culturelle et d’éducation, le patronat allemand réclame des lois favorisant l’afflux de profils dont les qualifications ont été payées fiscalement et socialement par des pays plus pauvres. Même sous un gouvernement Meloni, le patronat obtiens l’immigration de 500 000 travailleurs en Italie!
C’est ça qui se joue, d’où la pression aussi sur l’intégration des pays marches de la Russie comme l’Ukraine ou la Géorgie.
Les réseaux mafieux sont d’ailleurs très bien implantés déjà dans les pays coeur : l’Allemagne est régulièrement pointée du doigt par Interpol comme plateforme du blanchiment. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si le président du CIO est allemand, de nombreuses fédérations sportives servant justement au blanchiment ainsi que les plateformes de paris sportifs.
La crise de l’emploi en France, entre chômage à la hausse et pénuries de main d’œuvre
La crise de l’éducation nationale, de la formation professionnelle, de l’accompagnement social et pédagogique tout au long de la vie à des conséquences : “En revanche, la situation reste quelque peu paradoxale s’agissant des embauches : malgré le rebond du taux de chômage au troisième trimestre, à 7,4 % de la population active , 45 % des dirigeants se déclarent confrontés à des difficultés de recrutement.”
S’ajoute à ce problème également que 34 branches ont des minima inférieurs au smic motivant des salariés potentiellement formés pour celles-ci à aller chercher un meilleur salaire dans une autre branche.
Du coup, attendons nous à ce qu’une partie du patronat milite discrètement pour maintenir une immigration du travail “au nom de la pénurie d’emplois qualifiés” dans leur branche, suivant le modèle du patronat allemand des 15 dernières années, qui, refusant de financer crèches, écoles, collèges et lycées, à tout fait pour rendre la maternité difficile, et qui, selon un modèle sous employant les femmes bien formées, préfère importer de la main d’œuvre formée par d’autres pays (donc payés par d’autres contribuables) qui en plus aide à maintenir les salaires bas.
Ce qui est en contradiction bien sûr avec la loi immigration de Darmanin, et explique les tourments de la majorité présidentielle. Nul humanisme dans les tourments des macronistes, hypocrisie totale du ministre démissionnaire : il s’agit de protéger les marges et contrôler les salaires.
Oui, l’économie lie tout. Ainsi, la lutte contre l‘inflation fut complètement stupide. Je l’ai déjà décrit ici dès novembre 2022.
Pour que la consommation reprenne, il faut que les salaires augmentent.
La crise de l’énergie est une crise allemande, accro au gaz russe et à Poutine, pas une menace pour la France
De plus, il ne faut pas confondre simultanéité et causalité. Le premier moteur de baisse de l’inflation, c’est pas la baisse de la demande due à l’organisation consciente et voulue du décrochage des classes populaires et moyennes, c’est l’effondrement des prix de l’énergie fossile fin 2022.
Le facteur déflationniste de la baisse des salaires pèse surtout sur la conjoncture et sur le climat politique des pays démocratiques, qui auront vaincu l’inflation en alimentant l’extrême droite, vue qu’on a rien appris des années 1925-35 sur lesquelles David Cayla avait écrit de belles pages en son temps.
Est-ce qu’il y aura une reprise en 2024 ? Seulement si l’investissement repars. Or, les banques se refinancent actuellement avantageusement auprès des banques centrales aux frais des contribuables, et les entreprises étant pessimistes sur l’avenir, je vois pas d’où viendra l’investissement.
Enfin, les incertitudes géopolitiques demeurent, rien n’est réglé.
Donc une seule hausse des taux n’a pas la causalité de la baisse de l’inflation. Elle a contribué aux fin de mois difficile des Français, sans prouver baisser l’inflation, qui n’a jamais été due à une surchauffe de la demande. Les études sur les baisses de pouvoir d’achat après mesures redistributives montrent que les classes populaires et moyennes trinquent et les les classes très supérieures n’ont rien perdu.
La première des priorités, c’est augmenter les salaires
39 branches dont 11 où les commissions paritaires sont avec un représentant du ministère, n’ont pas revalorisés leur minimum et sont en dessous du SMIC.
L’inflation cumulée de fin 2020 à fin 2023 va atteindre les 18%, le SMIC a été revalorisé à 13,5% c’est une baisse nette de revenus.
La branche qui a le plus de smicards, 20% de ses salariés, c’est dans le service, et la plupart des smicards, 59%, sont des femmes, à 40% en plus a temps partiel.
Les élites poussent depuis 30 ans le remplacement des industries et leurs fournisseurs par les services. Or, les nouvelles technologies notamment les AI vont continuer le phénomène d’automatisation et de perte de valeur ajoutée des emplois de services.
L’effet politique de cet effondrement salarial est déjà visible : détournement de la démocratie par l’apathie ou le choix de l’extrême droite, et je renvois au débat entre Ian Brossat et une députée de la majorité : elle contestait a la fois la réalité des travailleurs pauvres et y avoir une responsabilité.
Ça fait un an que les branches n’avancent pas et Dussopt lui passe en procès.
Depuis l’an 2000, c’est le déclassement des cadres du public, notamment enseignants mais pas seulement, qui explique un resserrement des inégalités sociales en France, et non l’amélioration de la situation des employés et ouvriers. Or, le déclassement social de l’élite intellectuelle administrative de ce pays a forcément des conséquences sur la manière dont la Nation se perçoit elle-même. La crise d’identité nationale a aussi une cause ici.
Pire : la réforme des allocations chômage, le minimum de 15h travaillées concurrence directement les emplois salariés à temps partiels de moins de 24h par semaines qui concerne de nombreuses femmes pauvres et souvent mères monoparentales.
Et tout cela, cela fait système, et la gauche ne le décrit plus.
Pendant ce temps, la droite mène une propagande anti pauvre. La Tribune osait ainsi affirmer que les pauvres profitaient au détriment des classes moyennes des médiocres mesures de Macron de soutien du pouvoir d’achat. L’Insee a surtout publié ce mois ci son analyse de 2021 où le taux de pauvreté a attteint un niveau record. https://www.insee.fr/fr/statistiques/fichier/version-html/7710966/ip1973.pdf
Dans le sous dossier sur l’état social de la France, l’Insee ne dit pas comme la tribune le sous entends que les modestes ont gagné du niveau de vie en 2022, et pointe bien plus que ce sont les 10% les plus riches les plus grands gagnants tant des mesures fiscales que de l’impact de l’inflation.
Je cite : « Au total, la hausse du niveau de vie a compensé une part importante des dépenses additionnelles, 90 % en moyenne pour l’ensemble de la population. Cette part varie néanmoins selon le niveau de vie ou selon le lieu de vie. Elle oscille entre 80 % et 85 % pour les 80 % les plus modestes et pour les habitants des communes hors unités urbaines ou des unités urbaines de moins de 200 000 habitants. Elle est sensiblement plus haute, autour de 90 % en moyenne, pour les personnes aux niveaux de vie entre le 8e et le 9e décile et les habitants des communes de plus de 200 000 habitants hors Paris. Elle dépasse en moyenne 100 % pour les 10 % les plus aisés et pour les habitants de l’agglomération parisienne. »
Dit autrement : l’augmentation de 360 euros du niveau de vie des catégories plus modeste en 2022, après une année 2021 record en terme de pauvreté, été plus qu’anéanti par l’inflation, pendant que les 10% les plus riches ont vu l’inflation augmenté leur patrimoine et les exemptions fiscales augmenté leur revenu, après une année 2021 déjà faste. Les premiers ont perdu 20 points de niveau de vie après inflation et redistribution, les seconds ont gagné 10 points.
Pire : la gauche citadine célèbre les JO et favorise les calculs de marge des employeurs rejetant l’idée de financer par leurs impôts des crèches, des allocations familiales, des écoles, des instituts, des universités, des apprentissages, et préférant importer du travailleur net de frais de formation.
Le spectacle parlementaire fut de nouveau lamentable, et c’est le principe même de la démocratie parlementaire qui s’affaiblit à chacun de ces grands spectacles. Le conseil constitutionnel étant de plus verrouillé, avec des juges politiques nommés par Macron mettant le président Fabius en minorité, tout est très inquiétant.
Les causes de diversion sont multiples, et le conflit israélo-palestinien est malheureusement, en mépris du tragique insondable de la,guerre actuelle, est instrumentalisé tant par les droites que le gauchisme français infantile.
La séquence du conflit israélo-palestinien ne va pas plus que la guerre en Ukraine, disparaître en quelques jours.
Mais à la fois du fait de son caractère traumatique avec la violence répétée des images et des mots, de l’impuissance générale tant à comprendre la situation qu’à la résoudre, et de son caractère déconnecté des difficultés croissantes de la vie quotidienne, l’opinion française dans sa majorité a „déconnectée“.
Plus de 60% des français, 67% des françaises pour être précis, et 72% des ouvriers, n’ont pas d’opinion. (Sondage ifop 5 novembre 2023)
Un sondage du 22 octobre (Opinion Way Parisien) sur les préoccupations des français confirmait les sujets mis en avant par le rapport du Conseil économique social et environnemental sorti en début de mois.
Alors que l’inflation ralentit, le pouvoir d’achat lui continue de baisser, sans réel rattrapage des salaires. La récession européenne est déjà en Allemagne et son hinterland, mais les signes sont pessimistes en France.
Reconnecter
Il va falloir recommencer à réfléchir comment „reconnecter“ l’opinion. D’ailleurs, comment l’opinion s’est formée à l’occasion des scrutins de 2022?
« Nous avons cherché à connaître les trois principales sources d’information des électeurs pour suivre les élections en 20223. Pour l’élection présidentielle, les « médias traditionnels4 » restent les plus utilisés, devant les « nouveaux médias » et, en troisième position, les discussions interpersonnelles.
Dans le détail, citées par 62% des personnes interrogées, les grandes chaînes de télévision généralistes conservent le leadership médiatique, devant les chaînes d’information en continu (41%), les discussions avec la famille (34%), les journaux (33%) et la radio (29%). Les réseaux sociaux viennent ensuite (23%), suivis par les discussions dans le cadre professionnel (8%) et, enfin, les blogs ou les forums sur Internet (6%). La hiérarchie des sources d’information concernant le suivi des élections législatives est similaire. »
Le défi reste celui de trouver l’accès régulier aux médias traditionnels.
Et de trouver un chemin vers les discussions des familles.
Les RS jouent un rôle plus marginal que leurs visibilité immédiate. Ils servent à mobiliser les militants et les convaincus.
Mais rien n’est perdu.
Les européennes doivent permettre de constituer un pôle à gauche martelant les trois préoccupations principales des français, et que celles là.
Elles doivent être la première étape de reconstruction d’une plateforme alternative centrée sur les préoccupations des français, qui sont communes d’ailleurs aux européens.
Perspectives en Europe
L’institut allemand GFK viens de sortir son rapport annuel sur la distribution du pouvoir d’achat en Europe, défini comme le revenu disponible par unité de consommation après prélèvements, impôts, et transfers sociaux.
Le pouvoir d’achat nominal n’a progressé entre octobre 2022 et 2023 que de 5,8%, largement en dessous de l’inflation : les européens perdent du pouvoir d’achat.
Les pays les plus riches sont ceux pratiquant la concurrence fiscale: Luxembourg, Liechtenstein, Suisse, le pays progressant le plus vite, passant de 9 à 6 étant l’Irlande. Ça rapporte de siphonner les ressources fiscales des voisins si on est petit ou une île.
l’Allemagne perds une place, neuvième.
En France, 15eme, si la moyenne est au dessus de l européenne, c’est avec des inégalités entre territoires très fortes qui ne cessent de s’agrandir.
Les parisiens disposent en moyenne du plus fort pouvoir d’achat, près de 2,5 fois plus que la commune à la plus faible capacité par habitant, Saint Denis, 35% sous la moyenne nationale. Cela est confirmé par le rapport du Conseil Économique social et environnemental CESE : https://www.lemonde.fr/politique/article/2023/10/25/le-cese-alerte-l-executif-sur-les-inegalites-le-pouvoir-d-achat-et-l-ecoanxiete_6196350_823448.html?lmd_medium=al&lmd_campaign=envoye-par-appli&lmd_creation=android&lmd_source=default
Les français estiment à 67% que les inégalités sont liées au lieu de résidence, loin devant l’origine, la couleur de peau ou le genre.
« Sans surprise, la question financière est centrale dans le portrait que dresse le CESE. Un Français sur deux affirme que son pouvoir d’achat répond tout juste à ses besoins essentiels, ou n’y répond pas. Le rapport alerte notamment sur la diversité des situations de pauvreté, selon le territoire (villes moyennes, ruralité et métropoles du Grand Paris) et selon le type de ménage. Dans le contexte d’inflation actuel et après l’embrasement du mois de juillet dans les quartiers, le CESE alerte le gouvernement sur l’accroissement de la pauvreté et de l’exclusion sociale. « L’augmentation du sentiment d’injustice et d’abandon de la part des pouvoirs publics, l’expression d’une angoisse envers l’avenir (…) doivent être surveillées de près », avertit le rapport. »
Je parlais il y a quelques semaines de la période très anxiogène et de la nécessité de raconter une vision qui prends toute la Nation.
Je cite le président du cese « Nos concitoyens semblent optimistes par rapport à leur propre avenir mais très pessimistes quant à celui de leurs enfants et de la planète. Nous vivons une période très complexe. Naturellement, cela rend soucieux. »
Il faut non pas seulement dénoncer l’inflation et les inégalités, il faut construire le récit d’une réconciliation nationale autour des biens publics et les valeurs de notre histoire républicaine pour nous protéger des transformations du monde, des rapines cupides des milliardaires, et des violences des terroristes religieux, par la solidarité, la coopération et la défense de la nation.
République Sociale, Réconciliation Nationale : voici les mots d’ordre qui animent ma campagne en vue des Européennes en France.