
Il faudrait, en France, un grand message de réconciliation nationale pour les classes nombreuses, c’est à dire les habitants de la France des villes et des villages, hors des grandes métropoles et de Paris, les classes ouvrières et employées, les salariés et les petits indépendants. Alors que les restes du résistant communiste arménien Manoukian va rejoindre le Pantheon, il serait temps pour la patrie de retrouver l’élan et l’esprit de la résistance.
L’Insee a publié en novembre 2023 une batterie de rapports et de tableaux statistiques dont les conclusions sont sans appel : la France va mal, la majorité des français perd en niveau de vie, seul les 10% les plus riches et les habitants des centres urbains profitent tant des réformes du gouvernement que des évolutions économiques.
La presse économique s’empresse de tordre les faits pour maintenir une lecture de division et de haines entre classes et territoires. La Tribune invente de toute pièce dans ses articles une augmentation du niveau de vie des plus modestes considérable, plus élevée même que celle des riches, et bien plus élevée que celle des classes moyennes, en 2022. C’est faux, c’est un mensonge.
Ce mensonge alimente la campagne de la droite et de l’extrême droite qui fustigent « les pauvres » comme étant à la fois « des immigrés », vivant « dans les banlieues criminelles des grands centres urbains », volant le niveau de vie « des classes moyennes des villes moyennes et des villages », tout en étant « ingrats » à la société et l’identité française en la rejetant.
Les faits de l’Insee racontent bien plutôt que les classes populaires sont des habitants des villes moyennes et des villages, partageant les mêmes mauvais sorts que les classes moyennes, mais aussi que ceux des banlieues, au profit d’une petite classe – pas plus de 6 millions de français – vivant principalement au cœur des grandes villes et de la région parisienne, notamment l’ouest de l’île de France et les arrondissements prospères de Paris.
Je cite l’Insee, le bulletin numéro 1973 de début novembre 2023 sur les inégalités en 2021 et le rapport préliminaire sur l’évolution des niveaux de vie en 2022 tiré du « portrait social de 2022 » publié le 23 novembre.
Rapport sur l’état social de la France en 2021 : « En 2021, les inégalités et la pauvreté augmentent », « Le niveau de vie des ménages les plus aisés augmente plus fortement, tiré par la reprise de l’activité », « le taux de pauvreté augmente en 2021 et dépasse son niveau de 2019 ».
L’Insee conclut que 2021 fut pour la majorité des français aussi douloureuse que 2011 et 2018. On sait que la révolte des Gilets Jaunes naît justement de la crise sociale de 2018.
Pour 2022, contrairement aux mensonges de La Tribune, voilà ce que dit l’Insee : « Au total, la hausse du niveau de vie (monétaire) a compensé une part importante des dépenses additionnelles, 90 % en moyenne pour l’ensemble de la population. Cette part varie néanmoins selon le niveau de vie ou selon le lieu de vie. Elle oscille entre 80 % et 85 % pour les 80 % les plus modestes et pour les habitants des communes hors unités urbaines ou des unités urbaines de moins de 200 000 habitants. Elle est sensiblement plus haute, autour de 90 % en moyenne, pour les personnes aux niveaux de vie entre le 8e et le 9e décile et les habitants des communes de plus de 200 000 habitants hors Paris. Elle dépasse en moyenne 100 % pour les 10 % les plus aisés et pour les habitants de l’agglomération parisienne. »
Traduisons : les habitants des villes moyennes et des villages, les classes populaires dans leur ensemble, ont perdu après inflation et réformes fiscales 20 points de niveau de vie réel.
Les habitants prospères des grandes villes ont eux vu leur niveau de vie réel augmenté, profitant de l’inflation, et des réformes fiscales du gouvernement. Ce sont les grands gagnants. C’est peu de monde, 6 millions de gagnants contre 60 millions de perdants.
Et c’est pourquoi il est si important pour la droite, le RN et aussi le gouvernement d’inventer la fable de chômeurs piquant dans l’assiette des classes moyennes des villes moyennes. Ceux qui piquent vivent à Versailles, dans le septième arrondissement de Paris, ont des résidences secondaires sur le bassin d’Arcachon ou les côtes du Var.
Bien sûr, l’essentiel de la gauche, le parti insoumis en premier, ayant abandonné l’analyse matérielle de la société, est incapable d’en tirer les leçons politiques et militantes.
Pourtant, l’Insee et ses statistiques donne une clé : l’alliance de la réconciliation nationale avec notre histoire révolutionnaire et républicaine, le souvenir de notre construction d’un ordre juridique, culturel et social unique dans le monde, faisant à la fois la singularité française et notre fierté, et en même temps, professant un message universel, de liberté et d’égalité, serait le creuset d’un renversement social nécessaire.
Les classes, qu’elles soient pauvres, moyennes ou bien portantes, des villes moyennes et des villages, sont tout autant maltraitées que les classes nombreuses modestes des grandes villes.
La condition de cette réconciliation c’est la reconnaissance de notre passé, de notre histoire, fièrement, et la définition d’un avenir collectif.
Sinon, les grands industriels propriétaires de journaux continuerons à s’enrichir grâce aux politiques des hommes de paille du château de l’Élysée sur le dos des 60 millions de français.